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Le Royaume du Son et du Blues

Date de mise en ligne : 25/07/2007


Le Royaume du Son et du Blues



"Le Royaume du Son et du Blues", ou comment retracer soixante ans d'histoire du sound system en Jamaïque… La tâche est ambitieuse, et David Katz ne déroge pas à sa réputation. Ce journaliste américain, auteur du très sérieux "Solid Foundation : An Oral History of Reggae", spécialiste de Lee Scratch Perry et créateur de la revue Upsetter, signe un texte bourré d'infos et d'anecdotes (traduction par Nicolas Lacomblez). C'est une telle somme d'informations que nous avons choisi de le publier en trois grandes parties, pendant tout l'été.

La première, en guise d'introduction, remonte à la création du sound system en Jamaïque, et sa vedette d'alors : Tom The Great Sebastian.


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La culture « sound system » en Jamaïque a longtemps été au centre de la musique populaire de l’île. Depuis les années 40, le sound system est l’instrument déterminant qui permet de savoir quel est le son dominant de la nation, les disques populaires ayant toujours percé en étant diffusés au cours de sound systems dans les dancehalls, ces espaces libres où la musique à peine enregistrée est directement livrée au public. En tant que principal centre d’intérêt des amateurs de musique, le sound system joua un rôle essentiel lors du lancement de l’industrie du disque en Jamaïque au début des années 50 ; depuis, il permet de déterminer l’évolution de la musique populaire jamaïcaine – du ska et du rock steady au reggae, roots, dancehall et ragga – et a également influencé divers styles musicaux dans d’autres parties du monde. L’un des principaux acteurs du sound system est le deejay, ce type agité avec un micro à la main et beaucoup de répartie, aussi appelé « toaster » en Jamaïque, mais plus connu à l’étranger sous les noms de rappeur ou MC ; paradoxalement, celui qu’ailleurs dans le monde on appelle « deejay » ou disc jockey est nommé selector en Jamaïque, c’est-à-dire celui qui sélectionne quels disques seront joués. Les deejays sont responsables de la révolution virtuelle dans la musique jamaïcaine à partir de la fin des années 60 et leur sens de l’innovation finit par trouver écho dans la musique rap en Amérique – qui est aujourd’hui certainement le style musical le plus populaire au monde ; de même, après que le dub, né dans les sound systems jamaïcains, fût devenu populaire auprès de publics étrangers, divers sound systems internationaux ayant beaucoup de succès dans leurs pays respectifs influenceront énormément différents courants de la techno et de la dance music. Mais qu’est-ce qu’un sound system exactement ? Comment se fait-il que les sound systems soient devenus si importants en Jamaïque et en quoi nous concernent-ils aujourd’hui ?

Comme beaucoup d’autres éléments de la musique populaire jamaïcaine, le sound system a connu une évolution extrêmement complexe. Ainsi, pour mieux comprendre sa signification actuelle, il faut garder un certain nombre de choses à l’esprit. Le sound system trouve ses racines dans les drastiques divisions sociales qui ont frappé l’île depuis sa longue et turbulente période de colonie britannique, car le système de classes sociales prédominant en Jamaïque, en grande partie basé sur la couleur de peau, se fonde lui-même sur les principes européens de la hiérarchie établie sur l’île à l’époque de l’esclavage. La complexité de la société jamaïcaine, conséquence de plusieurs siècles de loi coloniale, est nettement visible dans la structure sociale de l’île, ce qui se traduit directement dans sa musique populaire. Les Espagnols ayant exterminé les Tainos – le peuple d’indigènes vivant sur l’île, également appelés Arawaks – avant l’arrivée des britanniques en 1655, on connaît peu de choses de la musique de ces derniers, mais l’importation massive d’esclaves africains qui suivit a donné un caractère authentiquement africain à la musique et à la culture de Jamaïque. Pourtant, pendant une bonne partie du vingtième siècle – y compris les années qui suivirent la date de l’indépendance vis à vis de la Couronne britannique en 1962 – l’une des contradictions inhérentes à cette nation insulaire, dont 95% de la population est d’origine africaine, réside dans le fait que la société jamaïcaine a généralement cherché à renier ou dénigrer tout ce qui se rapportait à l’Afrique ou aux noirs.

Durant la période coloniale, la Jamaïque constituait la pierre angulaire de l’empire britannique : non seulement la canne à sucre et le rhum étaient des marchandises indispensables à la prospérité britannique, mais la Jamaïque – la plus grande île britannique des Caraïbes – servait également d’escale dans la traite d’esclaves. La plupart des esclaves capturés en Afrique de l’Ouest par les Britanniques arrivaient d’abord en Jamaïque, où beaucoup étaient séparés des leurs et envoyés sur une autre île. La Jamaïque était donc particulièrement impliquée dans la traite d’esclaves et son passé de violentes insurrections est en partie dû à ce rôle spécifique. Quand l’esclavage fut enfin aboli dans les années 1830, de la main-d’œuvre salariée fut importée d’Afrique Centrale, d’Inde et de Chine, tandis que d’autres arrivèrent par la suite du volatile Moyen-Orient. Il résulta de tout cela une hiérarchie sociale plaçant les dirigeants anglais de race blanche tout en haut de l’échelle, juste au dessus de leurs valets écossais et irlandais. Suivaient les illégitimes, des enfants issus du métissage des blancs et des esclaves, encore appelés « mulattos » ou « colorés ». A peu près au même niveau ou juste un peu en dessous, il y avait les esclaves affranchis et les juifs séfarades, qui avaient fui le Portugal lors de l’Inquisition espagnole. L’immigration croissante qui suivit l’émancipation ayant diversifié la société, le statut social des habitants d’origine chinoise, moyen-orientale ou partiellement européenne s’améliora graduellement, tandis que celui des descendants des indigènes restait un peu en dessous, mais encore au-dessus de celui de la majorité africaine.


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Tags : Sound system (48)

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Article écrit par David Katz
Traduction par Nicolas Lacomblez

Part 2

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Le Royaume du Son et du Blues


Ce climat social ne fit pas qu’influencer la manière de gouverner le pays durant la fin de la période coloniale, il eut également des conséquences sur la diffusion de la musique en direct. Ajoutez à cela un phénomène d’influence culturelle, non pas de la « mère patrie » de Grande Bretagne, mais plutôt des Etats-Unis et vous commencez à obtenir un tableau de la Jamaïque dans les années qui précédent la deuxième guerre mondiale. Malgré le gouvernement colonial britannique en place en Jamaïque, il n’est pas étonnant que ce soient les Etats-Unis qui finissent par exercer une influence plus grande pour ce qui est de la musique; après tout, le plus grand des voisins de la Jamaïque, situé au nord l’île, a toujours représenté dans la région non seulement la puissance la plus importante en termes industriels, financiers et militaires, mais a également fini par imposer son influence culturelle en diffusant des programmes radio et TV sur les ondes de Jamaïque et d’autres nations des Caraïbes. En outre, des anglophones d’origine africaine ont façonné une bonne partie de la pop music américaine, ce qui eut un effet retentissant sur les goûts musicaux en Jamaïque. Ainsi, dans les années 1920-30, la scène jazz prospérait en Jamaïque, et les musiciens les plus créatifs de la nation jouaient, dans les big-bands, le jazz et le swing qui étaient populaires aux Etats-Unis ; mais les concerts avaient lieu uniquement dans des lieux destinés à une clientèle blanche ou peu colorée, ou pour les touristes ; le prix des billets d’entrée dans ces lieux de la haute société étaient tout simplement beaucoup trop cher pour la population pauvre de Jamaïcains noirs. C’est pour cette raison que, pour se divertir sur le plan musical, ils organisèrent des sound systems – d’énormes ensembles de puissants amplificateurs et enceintes qui firent leur apparition sur l’île dans les années 40, après que certains Jamaïcains partis pour travailler à la saison dans les fermes de Floride ou d’autres régions du sud des Etats-Unis eurent assisté à des soirées dansantes chez leurs camarades noirs aux Etats-Unis. Des propriétaires de restaurant et d’autres qui désiraient ouvrir un commerce possédaient d’imposants ensembles portables comprenant de puissants amplificateurs en provenance des Etats-Unis, ou du matériel massif fabriqué en Jamaïque, crachant le son à travers un certain nombre d’énormes enceintes, alimentées en électricité par un générateur portable ou encore par une batterie de voiture ; le volume et la puissance d’un tel système attiraient inévitablement beaucoup de public lors des soirées en plein air. Il en a été ainsi en Jamaïque pour le meilleur de ces soixante dernières années, et cela continue aujourd’hui.

La plupart des soirées dansantes ont lieu sur ce que l’on appelle en Jamaïque un « lawn » (pelouse), vaste espace en plein air entouré d’une clôture ou de murs en béton ; des soirées peuvent également se produire dans des salles de réunion, des salles paroissiales ou encore dans des amphithéâtres d’écoles. Le prix d’entrée de ces soirées a toujours été très abordable et la simplicité d’installation du sound system permettait de s’établir pour un soir dans des lieux de campagne, sans scène ou ne disposant que du strict nécessaire, ce qui fit sensiblement croître le public des sound systems, souvent refoulé des lieux chics où l’on jouait du jazz en live. Comme le fait si bien remarquer Winston Blake, leader de Merritone, le plus vieux sound system encore en activité en Jamaïque, la scène live de l’île avait des allures d’apartheid avant l’apparition des sound systems : « A Saint Thomas, il y avait trois grosses soirées par an avec des groupes qui venaient jouer : une pour la police et deux pour le club de tennis. C’était comme en Afrique du Sud : seule une certaine clientèle était admise, les gens « propres » pouvaient donc aller à ces soirées et les petites gens restaient dehors. A Kingston, il y avait le phénomène sound system - pas de groupe, des gens sur la piste de danse, d’autres sur les côtés - qui fit évoluer les choses dans ces secteurs plus pauvres ».

Le premier sound system à devenir célèbre au début des années 40 était celui de Tom the Great Sebastian, fondé par un certain Tom Wong, propriétaire d’une quincaillerie dans le centre de Kingston. Wong était métis : son père était chinois et sa mère, qui l’avait élevé, était noire. On dit qu’il est ainsi surnommé car il aurait repris le nom de scène d’un artiste du Ringling Brothers Barnum et du Bailey Circus. Interrogés sur les premiers sound systems, les pionniers de la musique populaire jamaïcaine peuvent parfois avoir des versions différentes, mais tous évoquent Tom avec respect. Le chanteur Derrick Morgan a affirmé qu’un autre sound system nommé Waldron, basé tout en haut de Slipe Road, près de Torrington Bridge, à la bordure nord du centre ville, était établi avant celui de Tom ; bien que cette affirmation ait été contestée par d’autres, tous admettent que le Great Sebastian était plus populaire que le Waldron.

La quincaillerie de Tom se situait au cœur du centre ville, au coin de Charles Street et de Luke Lane ; par la suite, toujours dans les années 40, son set se produisait parfois au voisin Young Men’s Progressive Club sur Drummond Street. L’un des éléments ayant contribué au succès de Tom était un ensemble hi-fi exclusivement conçu pour lui par un électricien nommé Headley Jones, qui avait beaucoup appris dans ce domaine en servant sous le drapeau de la Grande-Bretagne dans la Royal Air Force pendant la seconde guerre mondiale ; au début, il accrochait ses enceintes dans les arbres, jusqu’à ce que des éléments plus puissants furent construits. Bien que Tom jouait beaucoup de rhythm and blues, il s’intéressait à d’autres styles et variait son répertoire en y incluant du merengue et de la musiques latino. La plupart des sound systems passaient également des morceaux de la musique indigène appelée mento – style associé à la campagne jamaïcaine, et qui ressemble au calypso pour ses textes de satire sociale, mais qui possède ses propres caractéristiques, comme le banjo, le bamboo sax et la rumba box qui ne figurent pas dans le calypso, de même qu’un morceau de jazz de temps en temps, ou encore une ballade pop, mais tout tournait toujours autour du rhythm and blues. Selon les proches de Tom, la musique latino qu’il passait a favorisé son succès auprès de la population des quartiers chics, pour qui le rhythm and blues sonnait parfois trop criard ou vulgaire. Il savait garder une sélection au goût du jour et surprenante, car le petit ami de sa sœur avait émigré à New York et lui envoyait régulièrement des disques.

La compétition entre sound systems a toujours été rude et souvent particulièrement basée sur l’exclusivité. A cette époque, avant que la Jamaïque ne dispose de sa propre industrie du disque, les propriétaires de sound systems importaient leurs disques d’Amérique, cachant le label des disques les plus prisés pour éviter que les concurrents ne s’en procurent une copie. Beaucoup de disques étaient amenés par des marins américains pour être troqués dans les maisons closes de Kingston, où traînaient toujours des vendeurs de disques ; par la suite, les jamaïcains partis aux Etats-Unis comme travailleurs saisonniers dans les fermes revenaient avec quantité de nouveaux stocks de musique. Il faut également souligner l’importance de la vente par correspondance, initiée par deux stations de radio émettant depuis le sud des Etats-Unis. Dans les années 30 et 40, l’unique station à émettre en Jamaïque était ZQI, une station de radio dirigée par le gouvernement et qui diffusait des programmes presque fades pendant quelques heures chaque après-midi. Le soir, les amateurs de musique de Jamaïque étaient enchantés par le son de WLAC, émettant depuis Nashville ; la célèbre émission de rhythm and blues présentée par Gene Nobles et produite par Randy’s Record Shop, de la ville voisine de Gallatin, connaissait une immense popularité en Jamaïque, de même que les émissions de WINZ, diffusées depuis Miami. De telles émissions proposaient souvent des offres de vente par correspondance, avec des offres spéciales pour des commandes de dix ou douze disques. WNOE, qui émettait depuis la Nouvelle-Orléans, a rendu populaire la musique de cette ville en Jamaïque, et la cadence de son rythme a certainement été l’influence la plus nette sur les jeunes musiciens de l’île au cours de la décennie qui suivit. En tous cas, c’est certainement grâce au rapport existant entre le sound system et le rhythm and blues que ce style devint la musique populaire de Jamaïque à partir de la fin des années 40.



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Article écrit par David Katz
Traduction par Nicolas Lacomblez

Part 3

Date de mise en ligne : n-d


Le Royaume du Son et du Blues


Au début des années 50, Tom the Great Sebastian avait déjà beaucoup de sérieux concurrents, mais demeura le son le plus respecté et le plus populaire jusqu’au milieu de la décennie. Parmi ses rivaux des débuts, il y avait Count Nick the Champ, situé à un mile à l’ouest du centre de Kingston, sur Waltham Park Road ; Lord Koos, dirigé par un Jamaïcain d’origine chinoise dans son restaurant, le Sterling, situé en face du commissariat central, au coin d’East Street et d’East Queen Street, avec un selector appelé Icky Man ; et un autre set un peu plus chic nommé V-Rocket, basé dans un lieu appelé Caterer’s, près du Heroes’ Park à Manchester Square. Comme V-Rocket était un peu moins puissant et plus proche des quartiers chics, le set a été qualifié de « Hi-Fi », ce qui signifiait un statut différent sur la scène des sound systems ; le set était considéré différemment car il était moins puissant et plus ciblé en termes de sélection et de clientèle. Il y avait également Deans, un sound system très puissant conduit par un Indien, propriétaire d’un magasin de bicyclettes situé sur le carrefour de Maxfield Avenue et Spanish Town Road ; Thunderstorm, le set d’un dénommé Doc, se trouvait un peu plus à l’ouest sur Brotherton Avenue, tandis que le set du Buckram se situait un peu au dessus du site du Waldron, derrière la très agitée Lyndhurst Road. En dehors de Kingston, le Mighty Merritone a été fondé à Morant Bay, dans la ville de Saint Thomas, par un fonctionnaire dénommé Winston Blake Senior en 1950 mais, en raison de son isolement et de sa petite taille, ce set, dans sa forme originelle, n’avait pas l’importance des sound systems de Kingston. Mellow Canary était un set plus puissant et représentait alors le premier vrai sound system de Saint Thomas, dirigé par un Jamaïcain d’origine chinoise depuis son épicerie.

Depuis 1951 au plus tôt, date à laquelle eut lieu le clash entre The Great Sebastian et Count Nick à Forrester’s Hall sur North Street, des confrontations basées sur la diffusion de disques exclusifs étaient organisées dans des lieux du centre ville comme le Success Club sur Wildman Street, le Chocomo sur Wellington Street, et le Pioneer Club, situé un peu à l’ouest du centre, à Jones Town ; le Forrester’s Hall, situé juste à côté de King’s Lawn, vaste espace dédié aux concerts, était l’endroit où se produisaient les sound clashes les plus importants, ce qui lui valut le surnom de « Beat Street » pendant les compétitions entre sound systems. Les batailles entre sound systems avaient pour objectif d’élire le set le plus performant, le public exprimant par la danse son choix quant à la meilleure sélection. Les amateurs de sound system profitaient également des fougueux commentaires en direct des deejays, liés à tel ou tel set ainsi que des danseurs virtuoses qui illuminaient la piste sur les airs les plus récents. Chaque set était associé à une zone particulière – les plus souvent un district du ghetto – et possédait un groupe de fans très loyaux.

Après que l’île a été dévastée par l’ouragan Hattie en 1951, Duke Reid the Trojan fit son entrée sur la scène des sound systems et les gros-bras qu’il employait pour nuire à la concurrence finirent par mettre un terme à la domination de Tom the Great Sebastian dans le centre ville, lequel avait alors trois sets en activité et était assisté par Vin, un nouveau selector de Wildman Street. Duke Reid, né sous le nom D’Arthur Reid à San Antonio en 1915, avait travaillé dans la police de Kingston pendant dix ans, atteignant le grade de sergent ; il quitta ce poste en ayant des liens étroits avec les milieux criminels et une fascination de longue date pour les armes à feu. Après s’être retiré de la police, Reid monta avec sa femme un magasin de spiritueux, restaurant et laverie, le Treasure Isle Liquor Store. Certains prétendent que la femme de Reid avait gagné à la loterie nationale, ce qui aurait permis de financer le fonds de commerce, mais cette information est contestée par d’autres et reste difficile à prouver. Bien qu’ayant effectué ses débuts sur Pink Lane, c’est au 33 Bond Street que le Duke établit son Trojan Sound System – nommé ainsi en référence au modèle de camion qui transportait le matériel de sonorisation - qu’il dirigeait avec l’aide du selector Leroy « Cuttings » Cole et un autre homme nommé Clifford ; le set devint rapidement le premier set de Jamaïque, en grande partie à cause de partisans notoires du Duke, originaires d’un quartier voisin et mal famé du nom de Back-O-Wall, qui se livraient régulièrement à des agressions afin d’éliminer la concurrence. Le Duke fût couronné « King of Sounds and Blues » au Success Club un peu avant la fin de l’année.

On a souvent pu lire que Duke Reid aurait chassé Tom the Great Sebastian du centre ville de Kingston, mais le selector Duke Vin dément cette affirmation. Il indique également qu’à l’époque où il était avec Tom, les deux sets n’ont jamais officiellement été opposés lors d’un clash et qu’il se sont juste produits un soir l’un à côté de l’autre, à Jones Town à la fin de 1953. Cependant, le vétéran Prince Buster voit les choses différemment : « Jusqu’à aujourd’hui, je l’ai toujours dit à tout le monde : le plus grand sound system de tous les temps est Tom the Great Sebastian. Tom se trouvait dans la zone désorganisée de l’ouest de Kingston et Tom était organisé; Tom était un personnage tranquille, facile à vivre, un homme charmant, de belle allure, calme et cool – jamais violent. Tom était loin de toute violence, alors quand Nick et Tom étaient en compétition, il n’y avait pas de violence, le set qui passait le meilleur disque gagnait. Puis arriva Duke Reid, il vint, se conçut un équipement et défia Tom à Forrester’s Hall, mais Tom l’évacua de la compétition en moins de deux, alors il adopta une attitude différente ; il regroupa des gars de Black-O-Wall et en fit son unité de destruction. Ils devaient casser la figure à quiconque devenait de quelque manière que ce soit une menace pour Duke Reid et puis ils ont essayé de s’occuper de Tom au Forrester’s Hall ; j’étais présent cette nuit-là. J’ai dû me battre avec des amis d’enfance, car j’avais grandi avec eux à Black-O-Wall mais je défendais Tom ».

Toujours est-il que Tom finit par fuir la violence en s’expatriant au Silver Supper Club, établissement plus huppé situé dans le quartier de Cross Roads, loin des nids à problèmes du centre ville, régulièrement animés par des combats de rue ou des descentes de police, et plus proche des plus aisés habitants des quartiers chics qui constituaient une grande partie de son public. Puis, en 1954, le selector de Tom partit pour l’Angleterre où il fonda le premier sound system du pays l’année suivante.


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Article écrit par David Katz
Traduction par Nicolas Lacomblez

Réactions

Date de mise en ligne : 25/07/2007
4 COMMENTAIRES
Appréciation générale :
oui, la même, la suite c'est quand ??
ou alors y'a moy d'avoir le lien originel en anglais ? si la traduction n'a pas encore été faite ?

vite vite vite ^^

thanks
Déposé par Aquarius Nominoé le 18/10/2007 à 10:36:58
Note : 
merciii !!

la suite viiite ;)
Déposé par mesca le 26/09/2007 à 11:25:30
Note : 
yes jai adoré

ya une suite quelque part?

merci
Déposé par koutla le 07/08/2007 à 16:56:43
Note : 
.

Très intéressant.


bigup!
.
Déposé par beth'apar le 25/07/2007 à 20:01:19
Note : 

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