Ce n’est plus une nouvelle pour personne, la Jamaïque regorge en ce moment de jeunes talents très prometteurs et les producteurs ne s’y trompent pas. Après Natty King, c’est donc au tour d’I Wayne de se lancer et de nous gratifier d’un premier opus. Cette fois, les choses ont été vues en grand, puisque c’est VP qui s’est empressé de le signer et qui s'est chargé de la production de cet album. I Wayne s’est entouré d’une pléiade de musiciens et producteurs (Sly Dunbar, Robbie Shakespeare, Ansel Collins…). Du coup, le résultat n’en est que meilleur. Bien pensé et réalisé, “Lava Ground” distille intelligemment des singles au milieu de titres plus personnels, composés pour l’occasion.
Life seeds constitue une magnifique entrée en matière, démontrant tout le potentiel vocal de ce jeune chanteur. Sur une instru acoustique très simple, sa voix sautille, vibre et tonne, alternant entre les aigus et les graves avec une facilité déconcertante. Enchaînement logique sur Lava ground, dans une ambiance tout aussi calme, et le décollage s’opère en douceur. On change de style sur Rastafari live, dont l’instru plus originale permet au chant d’I Wayne d’évoluer vers un autre registre, même si le refrain avec ses chœurs a des airs un peu «pop» et dénote avec le thème de la chanson. Tout aussi solide, Nah draw nill, se pose sur une instru classique remise au goût du jour, puisque ce n’est autre que Number one de Gregory Isaacs qui sert d’écrin à cette perle. Pour Touch her softly, c’est le Revolution de Dennis Brown qui sert de support à cette voix qui n’en finit plus de monter dans les aigus.
Le choix des featurings est osé, puisque l'on retrouve des combinaisons avec Fire Chess, Harmony (Keep burning Rome) ou Fire Star, encore jeunes et inconnus. Forcément moins facile qu'avec des artistes confirmés et attractifs comme Luciano ou Sizzla, les duos n'en sont pas moins réussis, à l'image du très sérieux Conquer avec Fire Star. Traitant d’esclavage et de soumission, il n’est pas sans rappeler l’esprit des combinaisons Jah cure/Jah Mason ou Luciano/Sizzla de la grande époque du reggae moderne. I Wayne s’essaye même au style dancehall sur Grow proper et là encore l’aisance avec laquelle I Wayne manie sa voix d’enfant de choeurs impressionne. Le moment fort de l’album est le sublime Kid artist, sur une instru nyahbinghi épurée mais intense. I Wayne y dénonce les artistes qui prennent trop vite la grosse tête alors qu’ils ne sont qu’aux balbutiements de leur carrière. Au milieu de ces titres de qualité, le bien senti Living in love ne paraît plus aussi merveilleux que ça ; un comble.
Indéniablement, "Lava Ground" est un concurrent sérieux au titre d’album de l’année. La production irréprochable, les mélodies variées et les thèmes abordés font toute la force de cet opus. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut entendre un artiste rasta s’exprimer sur des thèmes tels que la prostitution (son hit Can’t satisfy her) ou la pratique d’éclaircissement de la peau (Bleacher), et la langage imagé et poétique employé par I Wayne rend ses chansons d’autant plus intéressantes et charmantes. La clôture s’opère dans les mêmes teintes que l’introduction, avec un superbe Cool as the breeze, qui donne l’impression de finir un beau voyage.





