INTERVIEW
Interview et photos : Benoit Collin
le dimanche 24 octobre 2004
Aujourd'hui acteur incontournable de la scène francophone, Lyricson a su se faire un nom auprès du public français en seulement quelques années. Alors que son premier album "Born to Go High" s'apprête à sortir, nous sommes allés à sa rencontre afin qu'il nous parle de son enregistrement entre la France et la Jamaïque et de la préparation sa tournée. Rencontre avec un artiste-né.
Reggaefrance / Reggaefrance / Salut Lyricson, peux-tu te présenter brièvement ? Lyricson / Lyricson / Bless man, Lyricson… 25 ans, DJ Guinéen, membre du Black Unite Crew… je sors mon disque en octobre 2004, c’est mon actualité…
Peux-tu nous parler de ta rencontre avec le Special Delivery Crew ? Ce sont des frères avec qui j’ai collaboré il y a déjà 3 ans de ça, quand je suis arrivé en France. Ils ont organisé un premier show qui s’appelait le Snow Splash, avec Al Campbell, Chukki Star, moi-même et différents artistes… On s’est connecté depuis l’époque. On s’est bien entendu, et quand le moment est venu pour moi de faire mon disque, je crois qu’ils ont proposé les meilleurs moyens pour travailler. Ils semblaient mieux me comprendre, ils étaient plus en harmonie avec ce que je voulais.
Depuis l’année dernière où l’on t’avait rencontré, tu as eu pas mal de nouveautés, notamment ce disque… Peux-tu nous parler de cette expérience ? Tu es parti en Jamaïque pour faire les arrangements, pour enregistrer les morceaux, qu’est ce que ça t’a apporté ? Je me suis mis en projet d’enregistrer ce disque au mois de mai : j’ai commencé à le conceptualiser, à me mettre à la recherche des riddims, à écrire… Il y a quelques morceaux sur l’album que je chante depuis un moment et qui n’étaient pas encore enregistrés sur un album. Tout le travail a commencé à partir de mai / juin. Après on a enregistré à peu près en deux semaines… et pour dire vrai on a même enregistré le disque en moins de temps que ça … On est parti en Jamaïque enregistrer quelques morceaux de plus au mois d’Août, et faire mixer le disque par Steven Stanley, un producteur et ingénieur du son assez connu qui a mixé des albums pour Black Uhuru, Sizzla « Freedom Cry », Cocoa Tea, différents artistes en fait… J’ai été honoré et blessed de travailler avec lui sur le disque.
Après on a enregistré à peu près en 2 semaines… et pour dire vrai on a même enregistré en moins de temps que ca le disque… On est parti en Jamaïque enregistrer quelques morceaux de plus au mois d’Août et faire mixer le disque par Steven Stanley, un producteur et ingénieur du son assez connu qui a mixé certains albums tels que Black Uhuru, Sizzla « Freedom Cry », Cocoa Tea, différents artistes en fait… j’ai été honoré et blessed de l’avoir lui à travailler sur le disque
Au niveau de la technique, par rapport à ce que tu connaissais avec les Français, est ce que tu trouves qu’ils ont des méthodes vraiment différentes ? Je pense qu’il a de l’expérience. En plus, on est sur le territoire « père » de cette musique, donc je pense que c’est indiscutable… Bien sûr, ils ont une autre manière de faire, bien sûr ils sont plus prolifiques, ils sont beaucoup plus au courant de ce qu’on leur amène comme produit et c’est normal… On ne peut blâmer personne pour le manque de structure qu’il y a en France, c’est une histoire de culture et c’est à nous de lutter pour que ces structures se mettent en place au fur et à mesure, jour après jour. C’est un combat quotidien ! Et j’espère qu’un jour, on n’aura pas à aller en Jamaïque, à aller chercher tel ou tel truc…
Je dis ça sans critiquer ce qui se fait en France, j’ai écouté des trucs qui se faisaient ici qui sont tout à fait honorable, d’ailleurs la plupart de mes sons ont été fait par des Français ! Ce que je veux dire, c’est qu’il y a d’autres étapes, au niveau du mix par exemple. Je ne parle même pas de la qualité du mix, disons même le temps passé sur un mix par exemple : j’ai vu Steven Stanley passer une journée et une nuit entière consécutive sur un seul morceau… Je sais que je trouverais très peu d’ingénieurs en France ou ailleurs dans le monde qui seraient prêts à s’investir autant dans cette musique-là.
Je dis ca sans critiquer ce qui se fait en France, j’ai écouté des trucs qui se faisaient ici qui sont tout à fait honorable, d’ailleurs la plus part des sons que j’ai ont été fait par des Français !!!
Ce que je veux dire c’est qu’ils y a d’autres étapes, au niveau du mix, je parle même pas de la qualité du mix, disons même le temps passé sur un mix par exemple, j’ai vu Steven Stanley passer une journée et une nuit entière consécutive sur un seul morceau… je sais que je trouverait très peu d’ingénieur en France ou ailleurs dans le monde qui seraient prêts à s’investir autant dans cette musique là.
Peux-tu nous parler des featurings sur lesquels tu as bossé en Jamaïque ou en France ? Ici en France, au départ je voulais que ça reste familial au niveau des featurings. Finalement, je me suis un peu ouvert au fil du temps. Sur le titre éponyme du disque Born to go high (higher level), j’ai un featuring avec deux de mes frères, Scuddy et Chadness du Black Unite. J’ai aussi un featuring avec Mc Jean Gab1 ; c’est une série qui va sortir, produite par un collectif qui s’appelle Round Thingz, ils avaient en tête de faire cette combinaison Lyricson / Jean Gab1. C’est vrai que c’est un rappeur et qu’on est peut être pas du même monde, mais j’étais quand même curieux d’expérimenter la combinaison avec lui. Moi, je ne rentre pas dans la polémique. Aussi surprenant et choquant que ça puisse paraître, j’ai trouvé que c’était un artiste qui avait quelque chose au-delà de la provocation. Je n’ai pas voulu travailler avec lui en rentrant dans les même délires, sa prestation sur du dancehall est pas époustouflante mais elle est surprenante, je trouve qu’il s’en est très bien tiré.
Ensuite j’ai un featuring dont je n’osais même pas rêver : pouvoir chanter un jour avec Singing Melody. Pas seulement parce qu’il est pour moi l’un des plus grands vocalistes, mais parce qu’il a des chansons qui me touchent particulièrement. Ca m’intéressait de travailler avec lui. Arrivé en Jamaïque, ça s’est fait de la façon la plus naturelle possible… Je lui ai parlé du morceau, fait écouter un peu ce que j’avais, et je lui ai chanté la partie que j’avait écrite pour lui. J’ai ensuite croisé Natty King et je lui ai demandé de nous rejoindre, parce que je voulais quelque chose comme ça. Je ne voulais pas d’un duo, je voulais vraiment d’un trio en fait, surtout que le sujet était assez sérieux. J’avais cette idée de joindre un peu toutes ces forces sur un morceau dont le thème est la guerre.
La prochaine étape pour toi est une tournée. Tu as déjà une bonne expérience de ce côté-là : tu avais fait une tournée mondiale avec Manu Chao. Appréhendes-tu cette tournée ? Comment tu te prépares ? Je la prépare jour après jour, sans stress… Pour pouvoir aller rencontrer mon public, si j’en ai un, le découvrir enfin avec ce premier album. Je suis serein parce que j’y vais entouré de mes frères du Black Unite. Les gens auront aussi l’occasion de découvrir Queen Omega, qui est une artiste vraiment complète, féminine sur scène, « conscious artist »…
J’invite vraiment les gens à venir sur cette tournée, que l’on aborde le plus sereinement possible et avec le plus d’enthousiasme possible. Pour moi, c’est une chance inespérée. J’ai peut-être une expérience de tournée, mais ça n’a jamais été mon histoire… Aujourd’hui, c’est une autre pression que j’essaie de rejeter le plus loin possible, et puis qui me revient comme un boomerang… Je subis la pression de la première tournée mais je suis serein et heureux de partir sur la route.
Cette année en fait, tu as fait pas mal de shows en France. On a aussi entendu parler de toi par des show où tu n’étais pas là. Est-ce que tu as envie de nous parler un peu de ce qui s’est passé ? Oui… (hésitant) Les shows où je n’ai pas été présent… Je dois reconnaître que cette année il y en a eu quelques uns, où j’étais annoncé et où je n’étais pas là. Je m’en excuse pour ceux qui ont été déçus… Je ne blâme personne, tout ce que je leur dit c’est que les circonstances ont fait que je n’ai pas été présent à ces moments-là, au moment où il fallait. J n’ai pas pu honorer mes engagements… Là, on est parti dans une optique plus sérieuse, plus ordonnée. Maintenant, on va essayer de bien organiser chaque sortie que l’on fait, d’avoir plus le contrôle en amont...
As-tu déjà en tête un prochain album ? Tu réfléchis déjà à la suite ? Je suis déjà sur le 2ème album, effectivement, je ne vais pas m’en cacher. Je suis déjà en train de préparer des morceaux pour le deuxième album.
C’est le même genre de projet, ou tu prévois de faire quelque chose d’un peu différent ? Je pense que chaque jour est différent. Ainsi je conçoit toute chose, chaque chose doit être différente...
On va parler un peu de l’actualité ; que penses-tu de l’expansion d’internet, cet accès à la musique plus simple mais en même temps son pendant qui est le piratage plus facile de la musique ? Je pense que c’est un débat auquel on ne peut se faire que des ennemis ou des amis. De toutes façons, les gens savent très bien que l’on vit de cette musique. Et nous, on sait très bien que les intermédiaires rendent les prix incroyables… Je pense qu’il y a un débat à ouvrir… C’est un peu comme les débats sur les médicaments génériques : pourquoi ne pas faire moins cher quand on le peut ? C’est un sujet de société ! C’est vrai qu’il faut aller avec les changements de société, je pense que le CD est un médium, tout comme l’était la K7, tout comme l’était la VHS ou le Vinyl… Je pense qu’on ne peut pas aller contre ces choses-là. J’espère tout simplement que les artistes, les chanteurs, les musiciens, les intermittents du spectacle vont réussir à regagner. Je pense qu’il y a un conflit très net entre le public et les intermédiaires.
Acheter un disque aujourd’hui, c’est un acte révolutionnaire. Moi aujourd’hui quand je vais acheter un disque, je le fait en sachant très bien qu’on aurait pu me le copier gratuitement. Quand je vais l’acheter, c’est un point d’honneur que je met à montrer que je participe à payer...
C’est vrai que c’est une forme d’engagement en fait... Oui c’est une forme d’engagement aujourd’hui. Je pense que le débat est ouvert.
Es-tu partisan des auto-productions, comme le fait Manu Chao, justement pour essayer de limiter un peu ces intermédiaires ? Je pense que moins il y a d’intermédiaires, mieux c’est pour les artistes, et mieux c’est pour le public. Quand quelqu’un télécharge sur Internet, par exemple, le mec qui dit à Madonna : « Tes 25$, tu peux te les carrer », c’est un peu comme un bras d’honneur… Si ça se trouve, le mec se dit que le disque vaut les 25$. Si ça se trouve, il se dit juste que Madonna n’est pas aussi accessible. C’est tout.
Est-ce que tu as un dernier message à faire passer à nos lecteurs ? Le message que j’ai à leur faire passer va être bref et long. On les invite à venir voir le Black Unite Crew, Lyricson et Queen Omega sur la tournée. Ensuite, on leur demande de continuer à soutenir notre reggae music, nous donner la force. Nous, de toutes façons, on ne se limite pas, on va toujours essayer de faire le mieux qu’on peut, sans se limiter, sans avoir peur de donner. On est là pour donner et il faut continuer à nous soutenir, acheter le disque… pas le graver !
Merci beaucoup de nous avoir accordé un petit moment. On te souhaite bonne chance pour ta tournée et une bonne continuation… Merci Reggaefrance, et surveillez Black Unite pour les années à venir, du coin de l’œil et des deux oreilles…
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