jokoko a écrit :
ce qu'il a pu dire c'est surement plus de la provoc...
Je ne pense pas que c'était de la provoc,
Il s'agit d'un texte de l'album " You're under arriest" - 1987.
Dans la première moitié des années 80 la dope s'écoulait comme des baguettes. Toute une jeunesse, dont j'étais, avait accès à cette mort sans difficulté aucune. Les mecs à peine sortis de l'enfance, dont j'étais, qui fumaient le splif depuis le collège ou le lycée avaient tous dans leur entourage des potes qui creusaient leur tombe à coup de seringue. Nous n'avions aucunement conscience du taux de destruction de ces produits : la blanche et le brown.
Je n'ai pas assez de doigts pour compter mes potes de lycée morts du sida et d'odé. ça tombait comme des mouches en hivers.
Je résidais dans la région de Compiègne, en Picardie. Je témoigne que sur la place de l'hotel de ville nous pouvions trouver de l'héroïne à toute heure, à crédit pour commencer, pour "essayer".
Passer du joint à l'héro était très courant.
"Les enfants de la chance"... j'en suis. J'ai touché mais n'ai pas mis ma vie dans cette merde, j'étais amoureux d'une jeune femme dont le frère était tox - il est mort en 82 - autant dire que je n'étais ni seul ni laissé aux mains des dealers, pour ce que je connaissais : fils de notables, commerçants, enseignants... C'était aux kilos que cela circulait.
En 87, au moment où Gainsbourg publie cette chanson, les ravages sont au plus fort. Combien ignoraient qu'un seul échange de pompe, qu'une baise bien raide, qu'une très bonne drepou étaient autant d'aller simple vers la mort. Combien de familles ignorantes de ce qui arrivait à leurs mômes.
En 87, lorsque Gainsbourg chantait cette chanson et qu'elle passait sur les ondes nombreux lui donnaient un sens sans ambiguïté. Nous savions ce que cela voulait dire. Nous avions tous des potes cadavres, des mecs avec qui nous avions fait la fête et envoyé chier des profs. Rebelles !
Si aujourd'hui il est clair pour le plus grand nombre que la consommation du chichon n'entraine pas de flirter un mauvais jour avec la came, ce ne fut pas toujours le cas, et certainement pas dans cette première moitié des années 80 : rock, punk, distroy, baba, bourgeois, tripé du rêve des nouvelles technologie... Tous croisaient le produit. Certains ne l'ont jamais touché, quelques-uns savent ce qu'est ce fameux flash du premier fixe, beaucoup l'ont re-cherché, re-cherché jusqu'à en creuver en souffrance, malheureux, désocialisé, perdu, voleur, sans ami...
J'te parle de mon vécu. Provincial.
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