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L’affaire Beenie Man au Couleur Café : Réaction de Reggae.be
Pourquoi est-ce que notre musique favorite apparaît toujours dans l’actualité pour des raisons négatives ? En tant que site web représentatif et en tant que communauté, nous nous sommes sentis obligés de réagir. « Positive Vibrations » (des vibrations positives) : c’est cela le cœur du reggae, comme le chantait déjà Bob Marley. Et pourtant, la musique jamaïcaine est souvent présentée sous un jour négatif. Comme si, à côté des quelques chansons homophobes de la fin des années ’90, il n’y avait pas cette quantité incroyable d’autres titres qui sont sortis.
La Jamaïque est le pays avec le taux le plus élevé de musique produite par habitant. Il y a bien sur les ballades et chansons d’amour, aussi banales que dans tous les genres musicaux. Mais il y a aussi tous les titres qui parlent de la réalité (reality lyrics). Les artistes de reggae et de dancehall (version plus moderne et plus pop de la musique jamaïcaine) ont une opinion sur énormément de sujets et pour habitude de rapidement écrire des chansons sur ces thématiques. Qu’il s’agisse du tremblement de terre en Haïti, de l’inceste, du réchauffement climatique ou de Barack Obama, dès qu’ils ont une idée, ils filent enregistrer une chanson en studio. C’est pour cela que le reggae reflète tellement l’actualité et la vie quotidienne des gens.
Le sujet de l’aversion collective par rapport à l’homosexualité est donc inévitablement abordé. En effet, l’homophobie est habituelle en Jamaïque qui est un pays très religieux. Il n’y a pas que les rastas orthodoxes ou les stars du dancehall qui estiment que l’homosexualité est contre nature. Toute personne prise en flagrant délit risque même 10 ans de prison. Des activistes homos ont déjà été pris à partie en rue et même assassinés. Même suggérer que quelqu'un est homophile est considéré comme une grave insulte, surtout dans le petit monde assez dur du dancehall. Il y a quelques années, même le Premier ministre Patterson a été forcé de se défendre publiquement contre des rumeurs insinuant qu’il était homosexuel (batty-boy).
En ce sens, la Jamaique ne diffère pas des états traditionalistes américains ou des pays africains endoctrinés par des prêcheurs évangélistes. C’est avec la Bible en main que ceux-ci appellent l’homosexualité un péché capital qui justifie pleinement l’exclusion et la punition.
Il n’y a pas encore si longtemps que cela, l’homosexualité était encore un tabou dans notre pays. Heureusement, nous nous sommes collectivement libérés des dogmes de l’Eglise et nous sommes entrés dans une ère d’ouverture et de tolérance. Cela concerne la majorité de la population, mais même chez nous, la haine des homosexuels, l’homophobie et l’incompréhension existe encore. De même que dans le sud des Etats Unis, dans la plupart des pays africains et musulmans. Et en Jamaïque
Nous, membres de l’ASBL reggae.be, comprenons que les organisations homos s’opposent à certains artistes. Nous estimons également que Beenie Man, Bounty Killer, Shabba Ranks ainsi que d’autres chanteurs ou rappeurs se sont laissé aller à de très douteux textes anti-homo. Nous trouvons également hypocrites que ces artistes reviennent régulièrement sur leurs promesses d’apaisement et qu’ils continuent à propager certains messages homophobes en Jamaïque ou en Afrique.
S’ils étaient aussi vrais et ouverts d’esprit qu’ils disent l’être, ils devraient alors également porter les conséquences (notamment financières) de leur attitude et donc ne plus tourner dans les pays occidentaux Nous n’injurions pas les homosexuels, pas même par le biais de patois jamaïcain incompréhensible
Mais ne mettons pas tous les artistes reggae dans le même sac. Nous sommes présents à tous les concerts reggae, pas seulement au célèbre Couleur Café. L’année passée, Beenie Man s’est produit au VK à Bruxelles et aucune sonnette d’alarme n’a été tirée. Pour information, il n’y a joué aucun titre homophobe. A cette occasion, le lobby des homosexuels n’avait pas mobilisé ses troupes. A l’époque, on ne venait pas d’annuler un concert en Hollande comme c’est le cas cette fois-ci, Beenie Man n’était pas sous les feux des projecteurs des médias, donc absolument inintéressant pour les associations gays : pas d’auto-promotion possible alors.
Par contre, orienter ses protestations sur des évènements de grande envergure apporte un maximum d’attention et de promotion. L’association WISH (Werkgroep Internationale Solidariteit Homoseksuelen) a donc vu une occasion en or avec ce « Dossier Beenie Man ». Des organisations sœurs à l’étranger avaient d’ailleurs déjà préparé le terrain (annulation du concert de Beenie Man à La Haye). Ils ont réussi à obtenir le soutien moral de quelques homme politiques de gauche. Ceux-ci ont réagi de manière fébrile, malgré qu’ils n’aient jamais entendu parler de Beenie Man ou de dancehall.
C’est surtout cela que nous trouvons regrettable. Que le reggae ne soit jamais à l’ordre du jour des médias, sauf quand il s’agit d’aspects négatifs. Toutes ces personnes qui sont pourtant dotées d’un esprit critique, se concentrent sur le fait que Beenie Man ait chanté une chanson d’où ils tirent une phrase homophobe, mais ils refusent d’entendre les milliers de textes qui parlent d’amour, de pais et de justice, de développement spirituel et de bien-être physique, qui parlent de la vie quotidienne colorée de la Jamaïque. Ils ne s’intéressent pas aux vibrations positives que cette musique promeut depuis déjà plus d’un siècle à travers le monde.
Nous espérons que les médias également garderont en mémoire cet aspect positif de la musique que nous défendons.
Signé : Vizions, Natty, Jah Shakespear, Mikey G, Jah Rebel, Irie Nation.
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