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"Une France postraciale ?"...

Dans Explicit lyrics · 7 messages · 2010

beth-aparVétéran11 430 messages

28 août 2010 à 13:52

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on Rue89
Condamné pour violences, antisémitisme et négationnisme, Kémi Séba (ex-Tribu Ka) a bâti sa réputation sur un discours extrémiste. Après son séjour en prison, il affirme représenter une organisation noire américaine, dissidente du Black Panther Party, et crée un centre de loisirs pour enfants noirs. L'historien François Durpaire, co-initiateur de « L'Appel pour une République multiculturelle et postraciale », accepte de confronter sa pensée au discours de Kémi Séba.

Respect Mag] : On vous laisse vous présenter l'un à l'autre ?

François Durpaire : Je suis historien, spécialiste de l'immigration africaine aux Etats-Unis. Je suis aussi engagé dans la vie de la cité, fondateur du mouvement pluricitoyen, co-rédacteur de « L'Appel pour une République multiculturelle et postraciale ».

Kémi Séba : Je suis le représentant francophone d'une organisation afro-américaine basée à Washington, le New Black Panther Party [issue des flancs de la Nation of islam, ndlr], dirigé par l'avocat américain Malik Zulu Shabazz. Elle a été créée en 1989 à Dallas.

En 2004, j'ai fondé en France le mouvement Tribu Ka, interdit depuis par celui que certains présentent comme leur président de la République, mais que je ne considère pas comme le mien.

Nicolas Sarkozy n'est pas votre Président : vous n'êtes pas français ?

Kémi Séba : Il ne suffit pas d'avoir des papiers français pour être français.

François Durpaire : Dans un système démocratique, il y a des élections ; qu'on le veuille ou non, Nicolas Sarkozy est, constitutionnellement, le Président de tous les Français… Et si ! Il suffit d'avoir des papiers français pour l'être, sinon on rentre dans l'arbitraire. S'il n'y avait pas ce petit papier, qui définirait qui est français ?

Kémi Séba : Quand j'entends Nicolas Sarkozy dire qu'il veut destituer la nationalité à une certaine catégorie de citoyens, cela abonde dans mon sens. Selon un sondage Ifop commandé par le Figaro, 70% des personnes interrogées seraient favorables à cette idée. C'est un constat dramatique, qui m'incite à penser qu'il y a des questions profondes à se poser.

L'intégration a montré son échec. Nous avons compris la nécessité d'une étape transitoire : une étape communautaire, pas communautariste ! Plus on est organisé structurellement en tant que communauté, en tant que groupe communautaire, plus on a de chances de s'en sortir.

François Durpaire : Il faut distinguer la privation de la nationalité et la privation de la citoyenneté. Il est légitime qu'on puisse être privé de tout ou partie de ses droits de citoyen (comme le droit de vote) par la justice, quand on commet un crime. Mais la privation de nationalité est inconcevable car être français est un statut juridique.

La nationalité n'est pas un permis à points ; elle ne se reprend pas. Diviser en différents statuts notre communauté nationale est une barbarie juridique. Il y aurait ceux dont on pourrait reprendre la nationalité et les autres. Non ! Un Français qui commet un crime est un Français criminel, mais n'en devient pas pour autant un apatride !

Et si la proposition de Nicolas Sarkozy passe ?

François Durpaire : Diviser la communauté nationale est dangereux. Et quel groupe cela concernerait-il ? Les citoyens nés à l'étranger qui ont obtenu la nationalité, voire ceux qui ont des parents étrangers comme Nicolas Sarkozy lui-même ? Quelle serait la limite ?

Depuis la fin de la colonisation, la France demande à ses citoyens de choisir entre leurs différentes identités ; comme le dénonçait Césaire : ou bien t'es français, ou bien t'es martiniquais !

Face à cet impératif de choix identitaire, deux attitudes sont possibles : soit l'acculturation, qui poussent certains à affirmer « Je suis noir et je n'aime pas le manioc » pour prouver qu'ils sont bien français, soit la dérive inverse qui exclut tout lien avec la France, du genre : « Moi, je suis complètement kémite [de Kemet, ancien nom de l'Égypte noire. Kémi Séba s'en inspire, ndlr]. »

Une nouvelle génération a inventé une troisième voie : celle de la pluri-identité. Comme l'athlète Ladji Doucouré qui court avec une chaussure aux couleurs françaises et une autre aux couleurs sénégalaises. Oublier l'une des deux et vous avancez en claudiquant !


Kémi Séba : Votre notion de pluri-identité ne serait qu'un juste milieu entre une acculturation totale et un communautarisme fermé. La réalité est plus complexe. Pour parler de mon simple cas, je vis en France et je suis un militant panafricain, représentant d'une organisation panafricaine diasporique, qui a des relations dans les divers pays du continent noir -y compris avec l'aile dure des patriotes de Côte d'Ivoire.

Ma démarche est de me projeter dans le futur, constatant que ni le présent ni le passé ne considèrent les Noirs comme des êtres humains, à différents degrés. Quand on parle d'ère postcoloniale ou d'ère postraciale, de quoi parle-t-on ? Ce n'est pas parce qu'on a déclaré la colonisation terminée que le colonialisme est mort ! Aux Antilles, 80% des richesses sont détenues par 20% de la population blanche locale (les békés)… Alors non, je ne fais pas partie de ceux qui disent : « J'ai fait un rêve » !

Je pars d'une constatation : comment la France me traite ? Ou précisément l'oligarchie française, car je distingue les élites du prolétariat, qui souffre aussi et subit des discriminations sur le terrain social. Il faut nuancer toutes les visions schématiques dont on nous abreuve : les communautaristes exclusifs n'existent pas chez les dominés, en tout cas, pas chez les Noirs. On ne se regroupe pas en communauté par repli réactionnaire, mais parce qu'on pense qu'avant de s'unir au reste de l'humanité, il est d'abord nécessaire d'être uni avec les siens.

François Durpaire : A l'heure actuelle, les institutions françaises n'ont pas remis en cause les rapports de domination issus de la colonisation afin de les dépasser, et d'aller vers une société postraciale. Elles font plutôt la part belle à la mythologie du métissage -qui est aussi une idéologie raciste, puis qu'elle part du principe qu'il existe bel et bien des races, puisqu'il y aurait des moitiés de races. La pluri-identité, ce n'est pas d'être dans un « 50-50 » mollasson, comme me le reproche Kémi Séba, mais d'assumer 100% de ses différents héritages.

Kémi Séba : La société postraciale est impossible. Les couleurs existent… Il faut accepter la différence. Mais avant d'accepter l'autre, il faut s'accepter soi-même.

Le docteur Khalid Abdull Muhamad, guide spirituel du New Black Panther Party, disait : « Tant que l'homme noir ne se sera pas accepté lui-même, il ne pourra jamais passer au statut d'être humain ». C'est sur ce terrain-là que je me situe.

La « négrophobie » n'a jamais été empêchée par de simples déclarations républicaines ou un simple bout de papier affirmant une nationalité. Celui qui a le pouvoir est dans l'arbitraire, pas celui qui subit… Mon but n'est pas de me positionner en victime, mais de m'affirmer tel que je suis, sans demander l'autorisation de quoi que ce soit à qui que ce soit !

François Durpaire : Il ne faut pas en oublier la force du droit. Elle est importante, même si elle ne résout pas tout du jour au lendemain. L'abolition officielle de l'apartheid en Afrique du Sud était nécessaire pour donner un cadre, changer la situation, même si encore aujourd'hui, les Noirs et les Blancs ne sont pas tous égaux en Afrique du Sud.

Kémi Séba, pourquoi avoir créé ce centre de loisirs pour enfants noirs ?

Kémi Séba : Les responsables du New Black Panther Party m'ont demandé : « Comment se fait-il qu'il n'y ait pas de centres de loisirs pour les enfants noirs en France ? » Je suis père de famille, quand les amis de ma fille se plaignent qu'on les traite parfois de « sales Noirs », je me dis qu'il est nécessaire d'apporter des réponses pour les fortifier, pour qu'ils ne se sentent pas handicapés, comme cela peut-être le cas. Le Black Pemper Center est ouvert depuis deux semaines, on a une liste d'attente de 40 enfants.

Il est aussi important d'apprendre l'histoire des Noirs aux jeunes Blancs…

Kémi Séba : Qui a dit le contraire ?

Donc le centre est ouvert à tous les enfants ?

Kémi Séba : Il vise principalement les enfants noirs. J'ai quand même le droit de viser mes enfants en priorité avant de songer à ceux des autres ! Ce qui n'empêche pas d'ouvrir la porte aux enfants blancs si leurs parents le souhaitent. Si quelqu'un veut venir avec sa kippa, il est aussi le bienvenu. Ce serait l'occasion de casser la légende selon laquelle je serais un anthropophage antisémite [le 30 novembre 2007, il a été condamné en première instance à un mois de prison ferme, à deux ans d'inéligibilité et à des dommages-intérêts par le tribunal correctionnel de Paris pour la diffusion de propos antisémites et négationnistes sur Internet, ndlr] !


François Durpaire : Des écoles pour Noirs d'un côté, pour Blancs de l'autre… C'est malheureusement ce qui existe quasiment déjà sur le terrain. Au contraire de ce type de projets, je pense que l'enjeu de la France aujourd'hui, c'est de réinjecter de la mixité. De plus, au nom de quoi les parents noirs devraient payer pour envoyer leurs enfants dans des institutions privées, alors qu'ils payent par leurs impôts l'école publique ?

Kémi Séba : Sauf qu'on ne leur y enseigne pas la négritude. C'est la différence.

François Durpaire : Alors c'est la preuve qu'il faut être plus exigeant avec l'école publique et donc assumer que nous sommes tous ici chez nous ! Votre démarche me laisse dubitatif. Il faut se battre plutôt pour que cette histoire trouve sa place à l'école publique, afin qu'elle touche le plus de monde. Nous avons déjà obtenu, depuis la loi Taubira, que les programmes éducatifs changent, que les manuels scolaires aussi…

Kémi Séba : Mon centre a été diabolisé par les médias : ce n'est qu'un lieu où les enfants viennent un jour par semaine, où l'on évoque l'Afrique avec des jeux, des QCM… C'est tout !

François Durpaire : L'enjeu est ailleurs. Faire en sorte que l'école publique française n'enseigne plus une histoire monochrome blanche. Ce n'est pas le combat des seuls Noirs. Nous devons tous le réclamer.

Kémi Séba : Moi je ne réclame rien, j'agis

François Durpaire : Nous, nous obtenons des avancées.

Kémi Séba : L'oligarchie française se dit qu'elle a tout intérêt à tenir compte des revendications des modérés, plus acceptables pour ses intérêts, que de laisser le champ libre à des extrémistes comme Dieudonné ou moi !

Mon projet est de promouvoir le panafricanisme révolutionnaire souhaité par Khalid Abdull Muhammad. Et tout faire pour revaloriser l'image de l'homme noir, contribuer à ce qu'il se relève et ne soit plus considéré comme une entité émasculée…

Ma vision est de vivre et de combattre comme Stokely Carmichael [leader américain du mouvement pour les droits civiques, ndlr] : parti d'une vision très « lutherkingiste », il s'en est défait pour adhérer à celle du Black Power et des Black Panthers, en s'appuyant sur des réalités sociales [Carmichael finit par s'installer en Guinée avec sa femme Miriam Makéba, ndrl].

François Durpaire : Notre époque est à la fois celle du brassage des individus et, par réaction, des tentatives pour dresser des murs entre eux. Dans ce contexte-là, quelle société veut-on créer ? Je souhaite qu'on avance vers une société où tout le monde aurait la possibilité de se sentir chez soi partout.

Kémi Séba : C'est ce que j'appelle du mondialisme !

François Durpaire : Non ! C'est déjà une réalité vécue par bon nombre de familles. Par exemple, la plupart des Haïtiens n'ont pas choisi que leur mère soit de nationalité canadienne, avec un père américain, avec des frères et sœurs parfois françaises, tout en restant fiers d'être d'Haïti, etc. Tous doivent pouvoir se sentir chez eux à tous ces endroits à la fois. C'est le XXIe siècle que nous devons construire.


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deewod971Nouveau5 messages

29 août 2010 à 06:18

je connais un peu kemi seba via internet, et francois durpraire j'ai du le voir quelques fois faire l'apologie d'Obama ce qui pour moi est une grosse blague quand on sait ce qu'est réellement Obama,
J'ai tout lue et je doit dire qu'on est pas dans la merde, on a type qui pronne une utopie hypocrite, face a un extrimiste qui "agi" en divisant les gens, bientot on aura des écoles avec seulement des guadeloupéen et une autre avec seulement des sénégalais....
bref c'est super complexe en tout cas merci pour ton poste c'etait tres intéressant
victoriaVétéran3 666 messages

29 août 2010 à 15:10

Bonjour,

C'est incroyable, comme parfois nos sentiments, nos on dit, nos idées reçues, nos désirs inassouvis ou inavoués (ou qu'à demi mots)" nous tendent vers de pathétiques fourvoiements.

Il serait temps, en effet, "d'agir" pour éviter tout mauvais amalgame , car en observant même momentanément et bien on peut se rendre compte! que la règle de conduite prédominante est de diviser pour mieux régner, ce qui est une situation autant dommageable qu' accablante! puisque nous avons la chance de vivre au sein d'une société ou la possiblité de rencontrer différentes cultures, différents idiomes, nous ait donné.
Encore faut il que les protagonistes, c'est à dire nous, le peuple, souhaitions y mettre le coeur à l'ouvrage, fournir l'énergie nécessaire, commencer par accepter ces mixités, recevoir ces différences, proposer ou octroyer des cours de langues vivantes suivant les communautés, dans les écoles, ou hors cadres scolaires, dans les quartiers, les MJC, des ateliers culturels ; tels que des ateliers cuisines, littérature, danse, musique, sport du monde soient mit en place (comme il en existe dans certaines villes et selon les disponibilités ) et qui sont si enrichissantes, avec des jeunes, des personnes agées.
Je suis certaine qu'une personne agée se sentant bien souvent seule et ayant à l'esprit qu'elle n'est plus utile à la société aurait plaisir à vouloir partager ses connaissances musicales, littèraires voire encore culinaires etc...surtout qu'elle fait partie intégrante du patrimoine culturel d'un pays.

Mais le seul hic, ce ne sont pas les rumeurs qui peuvent ou qui doivent nous empécher de progresser, de construire, d'avancer ; c'est le temps, les moyens, l'envie de faire, la passion, l'envie de partage, le désir de faire en sorte que ces états de faits changent

Aussi, je pense sincèrement, tout en respectant ton opinion, que nous sommes loin de l'exemple
" bientot on aura des écoles avec seulement des guadeloupéen et une autre avec seulement des sénégalais...."

D'ailleurs ne dit on pas : On voit la paille dans l'oeil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien.
Je dis:
Aide ton voisin à lui ôter la paille qui le gêne, afin qu'il puisse te donner un coup de main a ôter la poutre du tien et ensuite, ensemble construire un nouveau lendemain.

L'union fait la force et cela quelque soit ta nationalité, ta religion, ton âge, c'est dans ton esprit que ça se passe et ce n'est pas la faute du voisin.
La musique est dans ma vie ce que sont les nuages au ciel
deewod971Nouveau5 messages

30 août 2010 à 00:08

je suis totalement contre ce que souhaite faire kémi séba, tu m'a mal compris, tu as tout a fait le même point de vue que moi y'a pas de soucis
victoriaVétéran3 666 messages

30 août 2010 à 12:42

Bonjour,

Je ne suis pas d'accord ou du moins pas totalement en accord avec tes propos Deewod, tout simplement car tu sembles te fier aux : "on dit que" "il parait que" , en les teintant de sous entendus....
Je ne crois que ce je vois de mes propres yeux ou ce que j'entends de mes propres oreilles.
Il s'agit ici, du moins j'en ai l'impression, de rumeurs qui plus est, semblent négatrices, les soucis sont présents, et nombreux de surcroit..

D'autre part, il ne s'agissait pas là d'une réponse "tac o tac" à ton post, mais ma façon de penser, un sentiment, un regard parmi tant d'autres regards témoins, que je pose, nous posons.
Une réaction, au vue de l'actualité sociale du moment dans un pays dans lequel j'ai grandi.
Toutes les fois où j'ai dû être amener à devoir lutter pour une ou des causes que je croyais juste, je n'ai pas forcément réussi à obtenir un résultat qui me satisfaisait, mais ce qui est certain, c'est que si je n'avais rien fait, là, en effet les soucis auraient été irrémédiables!

Bonne journée à vous et quoiqu'il en soit, chaque échange est enrichissant et constructif
La musique est dans ma vie ce que sont les nuages au ciel
deewod971Nouveau5 messages

31 août 2010 à 20:07

quand je parlais des ecoles c'etait de l'ironie par rapport a ce que dit kemi seba, en gros je dit que ces deux personnes qui debatent sont dans le faux
beth-aparVétéran11 430 messages

31 août 2010 à 21:55

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C'est pas easy de se faire comprendre par un poisson rouge.


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