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Natural mystic à Shashamane

Date de mise en ligne : vendredi 28 janvier 2011 - 10 229 vues

Natural mystic à Shashamane

Terre Promise des rastas, Shashamane a été été mise à la disposition des Africains de la diaspora par Haile Selassie, empereur d'Ethiopie. Mais Shashamane est aussi une ville très pauvre, où la communauté rasta, tout comme la population locale, doit lutter pour survivre.

Nos confrères belges de reggae.be sont allés à la rencontre de ces Rastas qui ont tout quitté pour s'installer à Shashamane. Images et histoires d'une terre far far away.


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L’endroit semble directement familier, quand on arrive et qu'on voit les inscriptions, non pas en lettres amhariques mais dans notre écriture occidentale : Twelve Tribes of Israel, Ethiopian World Federation, Nyahbinghi Order... A Shashamane, les églises principales des rastas dominent clairement l'espace public, en tout cas sur les grandes parcelles de terres que les rastas se sont attribuées au fil des années. “Comme le voulait l'Empereur lui-même” disent-ils. Mais ceci n'est pas un argument valable auprès de l'actuel gouvernement. Après toutes ces années, la communauté rasta n'a toujours pas obtenu officiellement de droit d'exister à Shashamane, et pas seulement parce que les différents groupements rastas ne parlent pas d'une seule et même voix...

Si l'on consulte les guides touristiques, il semble qu'il y a peu de visiteurs qui trouvent à Shashamane une Terre Promise. “N'y allez pas! C'est une ville pleine de voleurs et d'arnaqueurs. Ils ne connaissent qu'un mot d'anglais et c'est « Money ». Il faut être fou pour aller à Shashamane et encore plus pour vouloir y rester”.

Et pourtant nous, nous voulons y être. La semaine passée, à Addis Abeba, nous avons recherché les racines de Ras Tafari, l'empereur. A Shashamane, nous espérons pouvoir capter une image, même furtive, du rêve de rastafari, le mouvement. Que sont devenus les rastas qui ont joint la parole aux actes et qui sont effectivement “retournés” vers la terre-mère des Africains du monde entier ? Nous avons également comme projet de raconter cette histoire dans un documentaire en préparation qui s'appellera « My Ras Tafari Roots ».

David, le metteur en scène de ce film, a également été inspiré par les rastas. C'est ce qui l'a motivé à éplucher l'histoire de sa famille et à visiter la patrie de sa mère et de sa grand-mère, qui serait une fille illégitime de Haile Selassie. Est-ce qu’il serait possible qu’ils honorent son arrière-grand-père, comme le secret familial le suggère ? Que cela soit vrai ou faux, David est chez lui ici, dans une communauté où il est connecté avec les gens, pas seulement à un niveau musical et spirituel mais aussi familial.

Taxi-bus et Bajajs
Nous avons roulé presque 4 heures, loin de l'animation et de l'atmosphère polluée d'Addis Abeba, à travers un paysage de prairies africaines. Le long de cette large route asphaltée, qui file droit, toujours tout droit, s'alignent villes et villages : Mojo, Alemtena, Meka, Abossa, Bulbula, Kuyira... La route les a rapprochés de la modernité, enfin, de ce que nous entendons par modernité dans notre conception occidentale. Les bus et les camions remontent et redescendent la route, poussant sur le bas côté de la route tout un fourmillement d'humains et d'animaux. Pourtant, les chèvres, moutons, ânes et autres vaches qui traversent ne semblent pas le moins effrayés du monde par le trafic qui file. Mais aussi bien les chauffeurs que les gardiens des animaux sont conscients du danger et se partagent l’espace disponible.

Dans les zones habitées, il faut être prudent aux taxi-bus bleu et blanc tout déglingués et aux « Bajajs » à trois roues. Bajaj, c'est comme cela qu'ils appellent ce genre de cyclomoteur indiens. Ceux-ci s'arrêtent et redémarrent où bon leur semble ou bien alors dès qu’il y a des gens qui attendent un transport au bord de la route. Ils font cela à une lenteur d'escargot et aucun chauffeur n'a envie d'en avoir un devant soi.

Développement et pauvreté
Il n'y a pas que les nouvelles routes qui montrent que l'Ethiopie se développe, ce que clame le gouvernement, jusqu'à saturation, via la radio, la télévision et les grands panneaux publicitaires. Dans la ville d'Addis Abeba et tout autour, se construisent de plus en plus d'éblouissantes tours de bureaux, de quartiers résidentiels et même de centres commerciaux. Les investisseurs chinois et européens se concurrencent à coups de terrains industriels gigantesques, où ils développent également des infrastructures pour leurs travailleurs. Près de Langano Lake et Shala Lake, nous avons vu des panneaux indiquant de gigantesques complexes hôteliers et touristiques.

Certes, il ne faut pas perdre de vue l'horrifiante pauvreté dans laquelle vivent encore quotidiennement beaucoup d'Ethiopiens, surtout dans les bidonvilles de la capitale, mais, apparemment, il y a quand même des gens qui croient en ce pays.

Les rastas, eux, y croient depuis les années 40 et 50. Ou nous devrions plutôt dire : les membres et sympathisants de la Ethiopian World Federation (EWF). Cette organisation américaine a été créée en 1937. Avec la bénédiction de l'empereur en exil, disent certains… Après la Deuxième Guerre Mondiale, c'est l'EWF qui a reçu un grand terrain de la part de Haile Selassie, en remerciement des services rendus au peuple éthiopien et pour encourager tous les Africains de la diaspora. S'il avait su que les rastas allaient infiltrer et puis contrôler la plupart des branches de l'EWF (sauf en Jamaïque), sa générosité n'aurait probablement pas été aussi royale. Non, les premiers à s'installer n'étaient pas des rastas, pas même des Jamaïcains. Il faudrait être heureux pour pouvoir rencontrer un des rastas de la première génération, un de ces hommes et de ces femmes qui ont déménagé de Kingston à Shashamane à la fin des années cinquante.


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Article écrit par Jah Shakespear / Traduction : Irie Nation


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(8)   

Part 2

Date de mise en ligne : 24/01/2011
Natural mystic à Shashamane
Sur les conseils d'un ami, nous avons loué une chambre à la Zion Train Lodge, le seul logement confortable de la ville, où en plus flottent fièrement les drapeaux rastas. Une fois qu'on quitte la route principale, même notre 4X4 a du mal à se frayer un chemin entre les fosses et les bosses dans le sable. Plus nous nous éloignons du “centre”, plus il y a d'enfants, d'animaux et de charrettes sur la route. Dans ce nouveau quartier, majoritairement éthiopien, il n'y a que les panneaux indiquant la Zion Train Lodge qui donnent un indice de la présence de la communauté rasta de Shashamane.

La vision, à notre arrivée devant les portes de l'auberge est frappante : elles sont peintes avec des portraits aux couleurs éclatantes de l'empereur et de sa femme, tout les deux en habits religieux. Le garde nous faire entrer avec le véhicule et l'endroit nous ravit à l'instant même où nous y pénétrons. La Zion Train Lodge est une oasis de calme, de plantes exotiques et de vibes rasta libérées comme on n'oserait même pas rêver. C'est donc comme cela que vit le rastaman idéal, entouré de photos et de posters de Haile Selassie, Marcus Garvey et Bob Marley, de drapeaux éthiopiens avec le Lion of Judah et les couleurs rouge-jaune-vert.

Nourriture Ital
Dans la petite cuisine, on prépare de la nourriture ital, du riz avec des légumes, des beignets de bananes, des jus de fruits frais et de soja. Un vieux rasta effrite sa ganja et remplit un chalice... Même les chambres de cet établissement correspondent parfaitement à l'image que je me fais du logement idéal du rastaman. Des meubles artisanaux en bambou, avec des finitions en osier et autres matériaux naturels, des draps, nappes et autres décorations aux motifs africains. Nous dormons dans un des trois grands tulkus (le vrai modèle éthiopien mais avec quand même assez de confort pour pouvoir convenir à un voyageur occidental pas trop aventurier). Là aussi, les trois chambres dans le petit bâtiment central sont finement aménagées.

Sandrine se révèle une hôtesse d’exception et une authentique rasta queen. Avec une cuisinière jamaïcaine, elle s’arrange pour que les résidents puissent manger ou boire à toute heure de la journée. Elle nourrit également ses visiteurs de son expérience et d’histoires, ainsi que de l’esprit de rastafari. Cet esprit qu’elle, Alex son mari et leurs enfants ressentent et essaient d’appliquer à la vie quotidienne. A table, elle suit son mari dans une prière à l’Empereur, prière mélangeant le français et l’amharique. Rastafari.

“Faites attention aux hyènes quand vous rentrez cette nuit!” nous lâche Sandrine. J’ai d’abord pensé à une blague. Après toutes les histoires de voleurs et de meurtriers qu’on lit dans les guides touristiques, je pensais qu’elle voulait en rajouter une couche : les hyènes en plus ! Mais non, elle était sérieuse. La nuit, il y a des hyènes qui rôdent autour de cet endroit paradisiaque, à la recherche de corps de chiens, de chats ou de n’importe quoi, tant que c’est de la viande morte.
« Est-ce qu’on ne peut pas prendre un taxi ? »

« Il n’y a pas de taxis qui roulent ici. Il n’y a que des bajajs. Et je doute qu’ils se hasardent dans le coin des 12 Tribes pendant la nuit. »

David est soudain pris d’un doute. Il n’aime pas les animaux, surtout pas les chiens, alors ne parlons même pas des hyènes. Je lui glisse : « On trouvera bien une solution. Combien de fois dans ta vie auras-tu la chance d’aller à une session des Twelve Tribes of Israel sur la Terre Promise ? Ce ne sont quand même pas quelques mangeurs de cadavres qui vont te retenir ? »

Twelve Tribes
Je trouve tout cela très mystique. Nous sommes à peine arrivés à Shashamane que nous sommes déjà invités à une fête dans le Yard des 12 Tribes, l’organisation rasta qui m’est la plus chère (et qui l’est également pour la plupart des amateurs de reggae de ma génération). Vers huit heures, Sandrine nous emmène avec le petit bus de l’auberge. Ce qui est encore, il faut le noter, une des petites attentions qui rendent cet endroit tellement agréable. Nous disposons même d’un 4x4 avec chauffeur, mais nous savons déjà que nous n’en aurons pas besoin dans les jours qui viennent.

Comme partout dans la ville, il fait sombre dans la cour des Twelve Tribes. Ce soir, l’Ethiopie fête la Nouvelle Année (2003), mais cela ne se remarque nulle part en ville. Cette obscurité me rappelle la Jamaïque, me rappelle le Ol’ Hits Dance à Port Antonio ou d’autres yards où on installait des sound systems primitifs… Ou bien est-ce la musique qui rappelle à moi ces vieux souvenirs ? Ces sons d’il y a bien longtemps, qui tournent au moment où nous arrivons. Finalement, tout l’ensemble est conçu dans un pur style jamaïcain. Il y a un bâtiment à moitié ouvert, divisé en trois parties. A gauche le coin des deejays. Ils utilisent des platines et un laptop. Un MC fait l’animation sur des musiques vintage. Son accent ne sonne pas tout à fait jamaïcain. A Shashamane, le patois jamaïcain est la deuxième langue, après l’éthiopien. Mais sinon, c’est un anglais créolisé qu’on entend surtout en Ethiopie. La plupart des habitants de Shashamane ne connaissent qu’un seul mot d’anglais : « Money », dans le meilleur des cas « Give me money ». En cela au moins, le guide touristique avait raison !

Mais nous ne sommes pas ici entre Ethiopiens autochtones. Les hommes (et les quelques femmes) présents sont originaires de Grande Bretagne, de Jamaïque ou d’autres îles des Caraïbes. Pour eux, le patois est une langue maternelle et c’est donc ce qu’ils parlent ici, en Afrique. Ils ne dansent pas mais “skankent” : avec des mouvements contrôlés, mesurés… Tout comme je le voyais faire dans les fiLMS ou documentaires de la fin des années 70. Et oui, les rastas qui sont ici appartiennent à cette génération ou sont plus vieux encore. Des hommes avec des barbes grises et de vieux bonnets. Rasta People.

Danse, spliffs et Ludi
Dans la pièce du milieu, on danse, entre les hauts parleurs. Le son n’est pas parfait, ni particulièrement puissant, mais cela ne gâche en rien le plaisir. La sélection est assez bonne pour garder toute l’attention des danseurs. Sugar Minott, Treasure Isle, Harry Mudie, etc… Ce n’est pas qu’il y ait énormément de monde sur la piste de danse en béton mais il y a quand même toujours du mouvement. Il y a toujours bien l’un ou l’autre vieillard qui réagit à un de ses morceaux préférés.

Dans la partie gauche du bâtiment, un Jamaïcain à la mine triste vend des boissons, des plats de riz aux pois, de poisson, de ragoût, de « queue de vache » et des gâteaux. Cinq hommes, assis autour d’une table, jouent au Ludi, le jeu de dominos des Caraïbes. Ici et là, on allume des spliffs. On se croirait vraiment en Jamaïque.

Mes compagnons de voyage, David et Jah Rebel, n’arrêtent plus de danser. Moi j’économise un peu de mes forces, mais il m’est impossible de rester immobile avec cette musique, ma musique, le reggae et le rocksteady classique avec lequel j’ai grandi. A ce moment, je pense « Ici nous voilà donc… Au milieu de l’Ethiopie, la Corne de l’Afrique, à des milliers de kilomètres de l’Europe et encore plus loin de la Jamaique… Et pourtant nous ne faisons qu’un avec notre environnement et avec les gens qui habitent ici. » En tout cas, c’est ce que je voudrais croire, après toutes ces années d’étonnement et de surprise par rapport à la richesse du reggae et d’investissement personnel dans la culture rastafari.

Un jeune gars bourré nous tire de notre rêverie. Il va ensuite agresser quelqu'un d’autre, avant que d’autres ne tentent de le calmer. Il part chercher un couteau et continue de crier toutes ses frustrations, même en notre direction. Reality Check. En Jamaïque, on aurait probablement déjà entendu les coups de feu. Ici, la petite communauté réussit à calmer ses ardeurs. Ils devraient en tout cas interdire l’alcool….

Un bajaj nous a attendu toute la soirée sur place. Il nous ramène tous à la Zion Train Lodge. En deux voyages car on ne peut mettre que 3 personnes à la fois sur ce tricycle motorisé. Nous n’avons croisé aucune hyène finalement. Vers minuit, nous fumons un dernier spliff, pur car nous n’avons plus de cigarettes… Bonne Année !



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Part 3

Date de mise en ligne : 24/01/2011
Natural mystic à Shashamane
Le lendemain matin, Sandrine nous sert un délicieux petit déjeuner : des omelettes avec des poivrons, des confitures faites maison, du choco et même des crêpes. Après les Twelve Tribes, nous voulons aujourd’hui rendre visite à l’Ordre Nyahbinghi, cette autre ancienne enseigne rasta, où l’éducation est plus sévère et l’aversion pour l’oppresseur blanc plus virulente et qui est donc plus exigeante au niveau religieux et intellectuel (malgré que religion et intellect n’aillent pas ensemble, diront certains).

La semaine passée, le terrain des Nyahbinghi a presque été saisi. Les autorités communales voulaient y construire une route et l’organisation ne pouvait pas formellement prouver qu’elle est propriétaires des terres. C’est peut-être pour cela que l’atmosphère est aussi lourde autour du tabernacle et du petit musée...

Tomas, notre jeune guide, veut se la jouer super cool. Je connais cette attitude, celle des rude boys de Kingston, celle du gangsta rap… C’est un mélange d’arrogance nonchalante par rapport à tout ce qui est riche et blanc et d’incertitude par rapport à son propre statut. Tomas a un père jamaïcain et une mère éthiopienne. C’est un descendant de la deuxième (ou troisième) génération, à cheval entre la culture jamaïcaine et africaine. Son patois jamaïcain est touchant.

« Pas d’armes, de drogues, d’alcool ou de cigarettes. »
Il nous emmène d’abord vers le petit musée. Un écriteau pend à l’entrée : « Welcome to His Imperial Majesty Haile Selassie Moral Theocratical Churchical Order of Nyahbinghi Reign (Nyabinghi Tabernacle Shashamane) » En 1992, les Nyahbinghi ont érigé un tabernacle à l’occasion du centième anniversaire de l’Empereur. Je me rappelle encore avoir acheté un bon, à l’époque, comme soutien à ce projet. L'écriteau précise :

« A toute personne qui pénètre en ces lieux, veuillez respecter les points suivants :
Les hommes doivent se découvrir la tête.
Les femmes doivent garder la tête couverte. »


Pour moi, ce sont de stupides prescriptions religieuses. Les vieux rastas en Jamaique ne me l’ont jamais demandé.

« Les femmes portant un pantalon ne peuvent entrer. Les vêtements qui laissent voir le corps sont interdits. Les femmes ne peuvent entrer pendant leur période de menstruations (pour une durée de 7 jours) »

Je me serais plutôt attendu à ce genre d’interdiction chez les Boboshantis. Pour moi, le rastaman idéal respecte sa femme, indépendamment de sa tenue vestimentaire ou de sa situation hormonale. Une femme respectable saura en outre comment s’habiller et se comporter. En ces matières, je ne crois pas qu’elles aient des leçons à prendre des hommes.
« Pas d’armes, de drogues, d’alcool ou de cigarettes. »
J’imagine que la ganja n’est pas une drogue.
« L’utilisation de chair ou de toute autre nourriture nocive est interdite. »
Pour moi, on pourrait importer cette loi chez nous aussi.
« Pas de comportement offensant »
Nous ne sommes pas des gens comme ça.

A l’intérieur, Tomas nous guide dans un capharnaüm de photos, de découpages et d’attributs impériaux. Il murmure quelques noms et quelques lieux communs. Et nous demande ensuite une petite contribution pour le centre. C’est un tout petit musée de rien du tout, où les rares visiteurs ne peuvent rien apprendre de rastafari. Mais dans une pièce attenante, je repère un vieil homme. Un rasta au grand âge, immanquablement un Jamaïcain. « C’est Papa Rupie » nous dit Tomas. Je lui demande si je peux lui parler. Le jeune s’approche humblement et respectueusement de Papa Rupie et lui fait part de ma requête... Je suis autorisé à entrer.

Papa Rupie a 78 ans. Quand il était enfant, il se rappelle avoir lu dans le journal que l’empereur d’Ethiopie se battait courageusement contre l’occupant italien. C’est comme cela que rastafari s’est révélé à lui. Et il est resté fidèle à cette vision pendant toute sa vie. Il a économisé pendant des dizaines d’années et est finalement venu habiter ici en 2000. Papa Rupie passe ses vieux jours à Shashamane. Est-ce qu’un vieux rastaman, profondément croyant, peut s’imaginer une plus belle retraite ?

Nyahbinghi Session
Nous nous sommes ensuite rendus au tabernacle, une sorte d’autel, sous un toit rond dressé sur des poteaux. Il est indiqué « Pas de photos »… Et bien ce n’est pas ainsi qu’ils attireront l’attention du reste du monde en tout cas… Dommage car on y tient de belles cérémonies et d’émouvants rituels. Je me demande pendant un instant si ce n’est pas un spectacle pour les touristes qui s’y déroule. Mais non, c’est réellement une session nyahbinghi qui s’y déroule, entrecoupées de pauses. C’est Ras Mweya Masimba qui ordonne d’allumer le feu au centre du temple (ainsi que dans le chalice). Il récite, scande et improvise des textes rastas très profonds et des textes religieux orthodoxes. Il le fait avec l’aisance, l’assurance et cet air convaincant qu’ont également de vrais philosophes rastas comme Mutabaruka ou Brother Sam Clayton des Mystic Revelations of Rastafari. De toute ma vie, je n’en ai rencontré que quelques-uns, des rastas de cette trempe, et je les reconnais tout de suite.

Je reste donc assis, fasciné, et j’écoute. Jah Rebel se laisse complètement emporter par les nyahbinghi. Selassie, murmure-t-il avec eux. Rastafari. Est-ce que ce serait cela son biotope naturel ? Il y a également un autre homme blanc parmi les rastas, avec une grande barbe rousse et les dreadlocks nouées dans un turban. Et qui est cette femme avec les deux enfants ? Une reine rasta blanche, qui ne craint pas de se saisir d’une des percussions et d’ajouter un peu de couleur au rythme monotone des tambours. Spontanément, d’autres personnes viennent participer, au moment où ils en sentent l’inspiration. C’est comme cela que je me suis toujours imaginé une session nyahbinghi, sans début ou fin clairement marqué, sans règles ou consignes précises.

Papa Rupie lui-même fait l’effort d’extraire son corps de colosse hors de son siège et de se déplacer jusqu’au tabernacle, en grande tenue : une longue toge blanche, un turban rouge-vert-jaune et des bijoux en or. Il chante haut et fort, honore Jah et rend hommage à Ras Tafari. True Rastaman. Une demie heure plus tard, tout aussi dignement qu’il était venu, il retourne vers sa chambre.

Un autre rasta, plus jeune, avec de belles dreads et habillé de lin blanc, me glisse à l’oreille qu’il nous attendra plus tard dans sa Banana Art Gallery. Cela doit être Ras Hailu, un des rares migrants qui, jusqu’à présent, a pu se ménager une place dans les guides touristiques. Tomas s’était auto-canonisé guide pour toute la journée. Nous tombons d’accord avec lui pour une rémunération de 200 birr, un peu moins de 10 euros. Par expérience, je sais qu’un guide est inévitable dans un pays comme l’Ethiopie (ou la Jamaïque), si l’on veut visiter une ville ou une région en peu de temps et sans avoir trop de soucis en tête. Tomas n’est pas vraiment un super-guide, il n’est pas du genre de ceux qui vous feront découvrir tous les secrets de Shashamane. Il parle en tout cas trop peu anglais pour cela. Mais je lui fais confiance. Je parviendrai même à le décrisper, plus tard, dans les rues du quartier jamaïcain, et à lui soutirer un grand sourire.



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Part 4

Date de mise en ligne : 24/01/2011
Natural mystic à Shashamane
Sur la route qui mène chez Ras Hailu, nous croisons un ami de Tomas, un vétéran, Ras Asher. Ce n’est pas l’archétype du rasta, ce n’est pas un Jamaicain avec des dreadlocks, mais un Britannique, très foncé de peau, qui, à la fin des années 90 a sauté dans son auto et a roulé direct jusqu’en Ethiopie, jusqu’à la Terre Promise. Il nous explique « Quand j’ai traversé la frontière, en venant du Soudan, je me suis immédiatement senti libéré. Je savais que j’étais arrivé à la maison. »

Dans la Banana Art Gallery de Ras Hailu, Jah Rebel passe encore un grand moment. Le rastaman nous accueille de manière détachée, probablement sa manière d’accueillir la plupart des visiteurs. Mais en quelques phrases, Jah Rebel réussit à briser la glace. « C’est toi le collectionneur belge sur eBay ? » s’étonne Ras Hailu. Ce sont deux hommes, qui appartiennent à des mondes différents mais qui ont une passion commune : son Impériale Majesté Haile Selassie I. Ses médailles, ses pièces, ses portraits. Ils s’engagent vite dans une conversation animée sur la collection de Ras Hailu, dont le plus gros est présenté ici et qui est également en vente. Les œuvres artistiques de Ras Hailu sont exposées sur les murs de la gallerie. Cet art, il l’a lui-même labellisé « banana art ». Ce sont des collages expressifs, faits avec des bouts de feuilles de bananiers peintes. Un peu rudimentaire, mais les scènes ont quelques chose de réel et le style de l’artiste rend un effet de force organique. J’ai décidé de lui en acheter une paire.

Ras Hailu nous montre une représentation d’une icône de Sainte Catherine, Christos Pantocreator (Christ, Créateur de l’Univers) qui a été trouvée au troisième siècle après JC près du Mont Sinaï. Le portrait affiche une ressemblance avec les premiers portraits d’Haile Selassie qui est réellement frappante… Ou bien est-ce le fruit de notre imagination, est-ce que nous nous laissons griser par cette expérience rasta que nous vivons ?

Brother Moses
Ras Asher nous a ensuite emmenés chez Brother Moses (Anthony Nevers), un des arrivants de la deuxième vague, qui s’est établi ici en 1976. Il a longtemps été le président de la section locale des 12 Tribes et est maintenant actif dans l’enseignement et le travail communautaire. En tant que soudeur et menuisier qualifié, il organise des cours pour les jeunes, par le biais de sa propre organisation : l’Ethio-Carribean International Friendship Association. Le nom même de cette fondation le dit : Brother Moses veut atteindre aussi bien la communauté caribéenne qu’éthiopienne. « Rasta est synonyme d’unité » nous dit-il. « Nous ne sommes pas venus pour nous occuper uniquement de notre propre destinée mais pour travailler ensemble au progrès de ce pays. »

Brother Moses prend le temps de nous parler. Il veut d’abord savoir en quel mois nos sommes nés, pour ainsi nous dire à laquelle des douze tribus nous appartenons. Selon lui, cette appartenance déterminerait certains de nos traits de caractère… et il se trouve qu’il a bel et bien raison ! Ce frère serait, dans mon monde parfait, sur ma propre Terre Promise, le prototype du rastaman. Le rasta qui correspond en tous points à l’image idéale qui a été créée par le reggae depuis toutes ces années. Amical, plein d’assurance et humble. Il a également une bonne connaissance de la société, de la politique et de l’histoire et est bien informé. Il est très actif dans sa communauté, prêt à rendre service et dispose d’un esprit pratique. Pour Brother Moses, la Terre Promise n’est pas une chose acquise mais une chose pour laquelle il faut encore travailler quotidiennement.

Pendant notre rencontre avec lui tombe une grosse averse tropicale. Nous sommes à la fin de la saison des pluies et n’avons encore eu aucune journée où il a fait sec. Les grosses gouttes tombent lourdement sur le toit de tôles ondulées. Brother Moses roule un spliff et nous offre un verre d’une boisson alcoolisée à base de racines, qu’il a brassée lui-même. A la télé, Obama commémore le 11 septembre. Brother Moses regarde The Press, une chaîne iranienne anglophone qui émet 24 heures sur 24. Il s’agit de sa principale source d’informations. Mais il lui arrive aussi de regarder BBC World. Ne pensez surtout pas que ces gens soient ignorants de ce qui se passe dans le monde ou qu’ils fuient la réalité. Peut-être même qu’à cause de leurs dures conditions de vie à Shashamane, ils sont plus proches de la réalité, des racines mêmes de l’existence.

Ce soir-là, nous sommes à nouveau invités à une fête, dans le Yard de Sister Joanne. Elle a débarqué à Shashamane il y a plus d’un quart de siècle et est une des femmes (et des cuisinières) les plus respectées de la communauté jamaïcaine. Son fils fête ses 21 ans. C’est également l’âge moyen de la plupart des invités à sa fête, surtout des jeunes garçons et filles d’origine jamaïcaine. Le DJ passe principalement du dancehall et du r’n’b des Caraïbes. Pas vraiment ma tasse de thé, mais je suis quand même content de pouvoir voir cet aspect-là également de la vie sur la Terre Promise : la vie des jeunes. En tant qu’invités venant d’un pays riche, nous offrons quelques tournées aux invités. Tomas et ses amis passent une très bonne soirée, la bière coule à flot, comme dans une fête de chez nous ou en Jamaïque… Tout le monde ne vit pas sur un nuage de ganja….



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Part 5

Date de mise en ligne : 24/01/2011
Natural mystic à Shashamane
En Ethiopie, le dimanche est également le jour du Seigneur et les gens vont donc à la messe. Le dernier événement religieux auquel j’avais assisté en Ethiopie, à Axum, avait été tellement poignant, que j’ai décidé d’accompagner Alex à l’église. J’ai donc quitté mon lit au petit matin et, sans petit déjeuner, pris le petit bus sur la route cahoteuse qui mène de l’autre côté de la ville. De ce côté-là, des mains mendiantes se tendent et on me jette des regards curieux : nous sommes, pour la première fois, sortis de cette bulle de confort que rastafari avait formée autour de nous jusqu’à présent. Il ne s’agit pas d’une fête ou d’une session nyahbinghi mais d’une célébration de l’église orthodoxe éthiopienne. C’est le jour de la fête de Jean Baptiste et la célébration est donc plus importante et colorée qu’à l’habitude.

La petite église est le saint des saints. Il n’y a que les grands prêtres qui peuvent y entrer. Les milliers de croyants restent dehors, tout autour de l’église, regardant de manière dévote vers le bâtiment. Certains ont même le front contre le mur, comme pour être aussi près que possible de ce sanctuaire et trouver la rédemption. Toutes les femmes portent un grand châle blanc, rudimentairement tissé et bordé de fines lignes de couleur. La plupart des hommes également portent un foulard blanc sur les épaules. Certains portent fièrement parasol artisanal…

Deux heures de sermon
Pendant les deux premières heures (!), nous écoutons le sermon d’un prêtre. Sa voix, amplifiée par une installation sonore rudimentaire, nous parvient aiguë et déformée. Je n’y comprends rien, mais au fur et à mesure, je suis de plus en plus captivé par l’attention et le dévouement affiché par l’assemblée. De temps en temps, un GSM sonne ou bien alors un bajbaj pétaradant traverse la foule. Des moines mendiants et des vendeurs de mèches de bougie et de crucifix approchent discrètement les gens. Je m’achète une grosse et longue mèche et l’allume avec mon briquet. Une petite fille me fait signe qu’elle veut partager mon feu. Je vois que sa mère l’y encourage. Elle maintient son mèche contre le mien et, à ce moment-là, je me suis senti lié de très près à ces gens. J’écoute ces textes que, tout comme eux, je comprends à peine (ces textes sont récités en Ge’ez, le latin de l’Eglise en Ethiopie), mais nous ressentons tous la même énergie spirituelle. Au lieu de me distancier de cette transe religieuse collective, comme on pourrait s’y attendre de la part d’un intellectuel occidental, je me laisse emporter. Au lieu de simplement taxer cette cérémonie de superstition ou d’aveuglement religieux, je reconnais une force originelle et un sentiment de groupe qu’on ne retrouve chez nous que dans les concerts rock ou autres manifestations de masse, mais de manière bien édulcorée.

Peu à peu, des réactions impulsives et spontanées émergent du public. Quelqu'un qui marque à haute voix son approbation. Quelques femmes qui lâchent un long cri strident, ce hululement typique des pays africains et arabes. Le sermon commence à prendre un certain rythme. Un deuxième prêtre prend la relève. Les gens frappent des mains. Dans cet ensemble, il ne semble pas y avoir d’organisation ou de mélodie, mais pourtant, c’est bien de la musique qui en émerge. Peut-être même la première musique, comme celle que Saint Yared faisait en Ethiopie il y a tellement longtemps. Les mots les plus importants sont mis en emphase et les phrases principales sont déclamées sur un rythme. Un homme confirme et accentue la cadence sur une grande percussion. Une douzaine de danseurs et danseuses entament une danse lente et mesurée. Un homme s’empare du micro et entonne des chants, sur un canevas de question-réponse, typiquement africain, typique également des chants d’esclaves, typiquement nyahbinghi.

Ensuite, on sort le tabot (mot Ge’ez qui désigne une copie des Tables de la Loi sur lesquelles étaient écrits les dix commandements, c’est l’objet le plus saint de l’église). La foule réagit pas des cris, des chants et des applaudissements et commence à se mouvoir. Alex me dit que nous devons maintenant tous faire deux fois le tour de l’église. Tout docile, au milieu des tous ces Ethiopiens exubérants, j’accompagne le mouvement. Nous glissons tous dans le sillage du tabot, vers la terre promise. Pas vraiment celle des rastas, ce voyage que nous accomplissons maintenant se réfère à quelque chose de bien plus ancien, beaucoup plus original et plus vrai. Au milieu de cette procession, je me sens dans mon élément, je me sens bien plus lié à mes racines chrétiennes qu’au cours de n’importe quel événement religieux que j’ai pu voir de tout me vie. J’avoue que si je devais embrasser une religion, cela serait l’Eglise Orthodoxe éthiopienne. Rappelez-vous que Bob Marley également, dans les derniers mois de sa vie, s’est converti à cette religion.

Priest Paul et les Boboshantis
De retour à la Zion Train Lodge, nous avons pris un solide petit-déjeuner. Ras Asher voulait encore nous présenter une personne. Il s’agit de Priest Paul, le chef des Boboshanti, la communauté rasta la plus jeune et également la plus controversée. « Si il y a un homme qui puisse nous représenter au niveau des autorités, c’est bien le Prêtre Paul », dit Asher. « De tous les leaders rastas, c’est lui qui a le plus d’autorité au sein de sa communauté. »

C’est bien ce qu’il semble en effet… Nous tombons par hasard sur lui du côté de chez Ras Hailu. Il y a eu un cambriolage dans la maison de David, ce migrant flamand qui est mort ici, il y a quelques années, dans des circonstances suspectes. Paul mène l’enquête sur ce vol et essaie d’éclaircir cette situation avec quelques-uns de ses proches. L’atmosphère est tendue. Paul jette constamment des regards inquisiteurs sur les environs…

Asher nous présente et j’entame directement la conversation. Tout comme la plupart des boboshantis, Paul m’adresse la parole de manière méfiante et distante, et par moments même arrogante. Il me fait penser à Sizzla, le premier bobo que j’ai interviewé à l’époque, ma première confrontation avec ce nouveau style de rastaman. Que sont devenues l’amour et la gentillesse naturelle des rastas ? Qu’est-ce qui fait que je sois traité comme un paillasson, alors que depuis des années, j’ai toujours défendu les rastas ? Et ne parlons même pas de la nouvelle Trinité des Boboshantis. Alors qu’on commençait à peine à faire comprendre aux gens ce qu’est rastafari. Et qu’on essayait de leur expliquer quel est le lien de continuité entre la Trinité originale de la Bible et Haile Selassie, les bobos débarquent soudainement avec leur nouvelle mascotte. Comme si leur Prince Emmanuel pouvait être rangé dans la même catégorie que Jésus Christ ou Haile Selassie.

Je range sans problème toutes ces idées de côté pour faire connaissance avec Priest Paul. Est-ce qu’il voudrait collaborer à notre documentaire ? Sa réponse est directe : « Non, pas s’il n’y a pas de contrepartie pour la communauté ». Ca, je le comprends tout à fait. Nous ne sommes pas la première équipe de réalisateurs qui passe par ici, et je peux m’imaginer que la population locale y trouve rarement son intérêt. Surtout si on considère les vibes négatives qui ressortent souvent des images de télé.

Prêtre Paul explique, de manière étonnante : « Nous n’avons pas besoin de promotion positive. Nous avons déjà une bonne image, partout dans le monde. Ce qu’il nous faut, c’est une contribution concrète au développement de notre communauté. » Je promets que nous allons développer un plan pour apporter notre soutien à toute la communauté rasta de Shashamane.

‘I will get back to you in a few months.’
‘To the I. Not you.’
‘To the I, excuse me.’


David et Rebel ne trouvent pas qu’il y ait quoi que ce soit de grave, mais personnellement ce Prête Paul m’intrigue. J’aimerais avoir une conversation approfondie avec lui pour discuter de rastafari, en toute liberté, mais je crains qu’il ne soit pas vraiment ouvert à cette idée. Après tout, je ne suis qu’un oppresseur blanc et les boboshantis glorifient la suprématie noire. Ma vision restera toujours sous estimée et de moindre valeur. C’est dommage car Priest Paul est une forte personnalité, comme le disait Ras Asher, un homme qui prend ses responsabilités à Shashamane à bras le corps et qui incite la communauté rasta à la discipline et au travail.

Brother Mweyu
Heureusement qu’un autre interlocuteur intéressant nous attend chez Ras Hailu. Nous sommes venus chercher nos souvenirs : Jah Rebel ses médailles, moi mes « banana arts ». Ras Hailu est en train de jouer aux échecs avec Brother Mweyu. Il nous avait remarqués hier déjà, pendant la nyahbinghi. Je lui dit qu’il y a lu un texte très fort. J’ai à peine le temps de me présenter (journaliste, écrit un livre, suis allé en Jamaïque : j’ai appris, au fil des ans, à tout dire en un souffle et à écarter la méfiance chez la plupart des rastas), qu’il m’assaillit de questions très complexes. Quel est mon concept de rastafari ? Est-ce que je trouve que les gens d’ici sont pauvres ou bien est-ce qu’ils prennent consciemment leurs distances par rapport à la société de consommation ? Et pourquoi est-ce que je ne me convertis pas à l’Eglise Orthodoxe éthiopienne, si je me sens tellement attaché à celle-ci ?

Je lui réponds : « Parce qu’il y a une grande différence entre toi et moi : tu as reçu cette croyance dans ta famille, ton foyer. Pour toi, cette foi représente une certitude inébranlable. Moi, je suis un Occidental rationnel, qui ne pourra jamais se donner corps et âme à une religion, quelle qu’elle soit. Quelque part en cours de route, nous avons perdu notre croyance inconditionnelle en Jah. »

Ras Mweydu est un homme qui me plaît. Il est compréhensif, alerte, critique et curieux. J’ai déjà eu ce genre de conversations à Kingston avec Brother Sam, l’homme qui a maintenu en vie la flamme sainte des Mystic Revelations of Rastafari après la mort de Count Ossie et qui a également visité Haile Selassie en 1963.

C’était notre dernière rencontre à Shashamane. Nous devons rentrer à Addis Abeba. Nous prenons congé de Ras Asher, Alex et Sandrine, et, mentalement, de toute la communauté, de tous les courageux rastas qui ont joint la parole aux actes et sont venus vivre ici. Rastaman pour de vrai.


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Réactions

Date de mise en ligne : 28/01/2011
Natural mystic à Shashamane

8 réactions
Appréciation générale :

www. youtube .com/watch?v=xFv2d3JcKFQ


..ok..vai kan me mexpliquer un truc: >>> Repatriation is a must, Africa for Africans Europe for Europeans, Asia for Asians, vous comprenez??..Ceci est une pensee de Marcus Mosiah Garvey, entre autres, et specifiquement aussi, ...c'est une pensee de gens des "Ameriques"..vous comprenez??...de gens qui pensent avoir ete amener la bas en escalves...ceci dit, les 'blancs' ou 'europeens' des ameriques sont tout autant concernes...ras tafari a deja , et a la television, denoncer toute forme de paroles par rapport a une 'couleure' de peau que cela soit "blanc" ou "noir"
..un europeen en France n est pas directement concerne par cet aspect la..si il l est kan meme par contre peut etre par d autres aspects de la pensee et des actes de Haile Selassie 1...

....jah live...

bien l tit reportage les gars...si ce n est un peut romantique...mais bon le obama a la tele non merci!..ras tafari est alle au nations unies de sont vivant pour denoncer l imperialisme et non pas pour le promouvoir...

Comme dirait Jo Lucazz, dans la musique "le monde de demain"

"pourquoi on rentre pas au bled multiple raison,, né ici donc j'ai l'âme capitaliste, you know, mieux veux des €/dolllars que des Francs CFA, ai je raison..." ... @ médité

Peace

Ca fait pas rever !
Et comme le chante l'artiste reggae Nigérian Majek Fashek: Promised land is a state of mind !

Greetings,One & All....
Give Thanks & praises INI, ces quelques lignes sur Long chemin du retour vers la Terre de Jah Ras TAFARI doit vous servir à ouvrir les yeux sur le ressenti de ceux qui veulent ressembler àINI,mais sans l'esprit!!!
RepatriationIs The most.... Parole de grand Homme Africain. Cette diaspora volontaire est réelle et actif (E.W.F),guide InI vers la vie heavy de tout RastaFamily.
Donc,Bougez-vous! Allez en Afrique Camp, Ghana;Benin;Sénégal etc... Que de rester à Babylon et juger INI Mouvement!!
Hailé Sélassié 1ER se n'est pas que la musique...
INI Serve Jah RASTAFARI... Blessed.

Demi-succès... Semi-echec...
Je me demande selon quels critères on peut estimer le succès ou l'échec d'un rapatriement.
Le but du rapatriement est de se déplacer vers la Terre Mère, l'Afrique.
Il me semble que dès lors que quelqun fait le voyage et s'installe en Afrique, alors le rapatriement est un succès.
Si après la personne en question réussit sa vie... C'est une autre affaire... La vie en Afrique reste difficile, que l'on y soit né ou si on s'y est rapatrié.

Super article bien dépaysant. On sent que l'auteur est vraiment passionné et il nous retransmet, j'imagine parfaitement, cette vibe de là-bas. Sa passion est d'ailleurs telle que son point de vue en devient un poil subjectif. A mon sens il manque quand même une critique de ce qu'est devenu cette Terre, promise au retour vers l’Afrique des exilés de la diaspora. On sent bien que le rapatriement n'est qu'un demi-succès - pour ne pas dire semi-échec.


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