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Date de mise en ligne : vendredi 19 juillet 2013 - 6 583 vues

The Original Delroy Melody

Dans le monde du reggae, on rencontre toujours des artistes oubliés. Pour la plupart des amateurs de musique jamaïcaine, le nom Delroy Melody est inconnu. Les fins connaisseurs et amateurs de roots des années 70 et 80 ont probablement dans leurs bacs les rares singles de l’artiste comme le terrifiant Ease Up The Pressure, ou encore son album "Dread Must Be Fed" sorti sur un mystérieux label canadien, Big Mac Soul Power. Pour la première fois, Delroy Melody parle à un média européen de son parcours musical semé d’embûches et de belles rencontres…

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Comme tous les adolescents de son âge, Delroy Melody (Lassive Jones de son vrai nom) chante dans la chorale de son école. La ‘Melrose Primary School’ enseigne à de nombreux jeunes dont un certain Jacob Miller. Delroy se souvient : "On allait à la Melrose School qui était sur Little Kew Road. Jacob Miller vivait sur Russo Road moi j’étais sur Tarrant Drive. Jacob avait un an de moins et moi j’avais 14 ans." Jacob et Delroy sont approchés sur les bancs de la chorale par Lawrence Choir et par Norris Weir, alors lead singer du groupe The Jamaicans. Norris Weir suggère à Jacob et Delroy de monter un groupe avec Lawrence car ils sonnent bien sur les chœurs. De plus, Lawrence sait déjà jouer de la guitare... Le groupe se lance et se nomme les Young Lads, avec The Jamaicans comme modèle.

Baptisés par Bunny Lee
Après l’école, ils répètent ensemble dans la rue et c’est Junior Byles avec son premier groupe The Versatiles qui soumet l’idée aux Young Lads qu’ils ont le niveau pour enregistrer. En 1968, Bunny Lee tient ses auditions à Greenwich Farm. C’est un samedi que, tous ensemble, ils se rendent là où se décide en moins d’une minute la possibilité d'enregistrer. Lorsque les Young Lads arrivent sur place, c’est Slim Smith qui dirige les auditions. Après quelques harmonies, le regretté membre des Techniques et Uniques adore ce qu'il entend, et les envoie directement voir Bunny Lee.

Les Young Lads se présentent à Bunny Lee, mais celui-ci imagine un autre nom de groupe : "Bwoy, vous allez encore à l’école, vous êtes des écoliers, vous serez les School Boys" leur lance-t-il. "Bunny Lee trouvait qu’il y avait trop de groupes en ‘Lads’ et que pour un groupe de jeunes écoliers, ça sonnait bien." (Il existe plusieurs groupes appelés School Boys entre 1963 et 1970. La bible Roots Knotty Roots prête une quinzaine de titres à l’actif de probablement trois ou quatre formations différentes ayant ce nom de scène, ndlr).

"'Regarde maman, c’est un disque jaune !"
Quelque temps plus tard, les School Boys se rendent dans le studio Treasure Isle géré par le redoutable Duke Reid et loué par Bunny Lee pour ses sessions. Les School Boys ont deux chansons prêtes, le band est dans le studio et joue les riddims. La session démarre avec Jacob Miller comme lead vocal et Delroy et Lawrence aux choeurs. Les deux titres enregistrés sont Guilty Of Love et Oh Tell Me. Bunny Lee va directement presser les deux titres sur un vinyle jaune, chose peu courante à l’époque : "Duke Reid sortait de temps en temps des pressages colorés. Bunny Lee savait que c’était une bonne recette pour faire connaître son disque quand le chanteur ou le groupe était inconnu, et ça impressionnait toujours en soirée. Quand je suis rentré chez moi, j'ai crié à ma mère : 'Regarde maman, c’est un disque jaune !'"

On peut écouter le titre Oh Tell Me et voir ce fameux disque jaune sur la chaine YouTube de Thegreatwugawuga :



Avis aux collectionneurs, Delroy Melody se souvient que Bunny Lee a également pressé des ceux titres sur un disque vert puis il donnera la possibilité au label anglais PAMA de sortir également le single 45trs.

On peut également écouter le deuxième titre, Guilty Of Love :



Les School Boys n’ont pas enregistré d’autres titres pour Bunny Lee mais Delroy Melody se souvient que le groupe a enregistré deux ou trois titres pour Coxsone, qui ne sont jamais sortis. Les School Boys ont continué à chanter dans les hôtels et clubs de Jamaïque avec des groupes comme Tommy McCook & the Supersonics, Lynn Taitt & The Jets, Sonny Bradshaw Orchestra mais peu de temps plus tard le groupe se sépare. Jacob Miller se rend chez Coxsone et reprend Guilty Of Love qu’il transforme en Love Is A Message, la version mondialement connue qui sortira en 1972 sur un des sous labels de Coxsone, Money Disc.

Melody & Marcus
De son côté, Delroy Melody enregistre également son premier titre solo, Tears, pour le label Abeng. En 1978, il fait une rencontre importante avec Winston Martin du sound system Emperor Marcus qui à l’époque tournait sur Papine, Dung Di Hole, Tavern, Hope, Flat & Kentyre. "Il avait des artistes comme Brigadier Jerry (avant qu’il ne rejoigne Jah Love Muzik), Danny Dread et plein d’autres". Marcus voulait se lancer dans la production et c’est Sylvan Morris, réputé comme un des meilleurs ingénieurs de l’ile (Treasure Isle, Studio One, Harry J Studio, Dynamic Sounds…), qui l’aide à faire ses premiers pas. Marcus enrôle Delroy Melody pour une session. Ils enregistrent Miss Brown qui sortira en single sur son propre label Marcus. "La chanson a reçu pas mal de soutien", se souvient Delroy. Un jour à la maison il reçoit un appel de Alfanso Walker, le responsable du programme “Where It’s At”, un show TV sur J.B.C (Jamaica Broadcasting Corporation), l’unique chaine TV. Miss Brown lui plaît et la chaine veut un live de Delroy. Ce tremplin lui permet de recevoir plusieurs propositions et de tourner un peu partout sur l’ile dans des clubs comme le Boehema, Tropics, ou encore Tit-For-Tat. "Dans ces endroits c’était vraiment énorme l’ambiance à l’époque".

Dread Must Be Fed
Marcus veut rapidement un album de Delroy. Avec Sylvan Morris, ils mettent en place la plus belle brochette de musiciens disponibles à l’époque pour construire les riddims. Flabba Holt apporte un renfort à Robbie Shakespeare pour quelques lignes de basse et Style Scott et Sly Dunbar s’occupent de la partie Drum et Syndrums. De nombreux instruments qu’on entend plus trop de nos jours habillent les riddims notamment grâce à Bubbler au clavinet, Bongo Herman & Sticky aux percussions. Les cuivres sont réalisés par le dangereux trio David Madden, Dean Fraser et Nambo Robinson, la lead guitar par Willie Lindo, la rhythm guitar par Bingy Bunny, l’organ par Winston Wright, le piano par Bubbler et Gladstone Anderson. On retrouve en plus comme backing vocals The Tamlins et Wellesley Braham et tout le monde travaille au studio Harry J. Avec une telle équipe, le résultat est un album roots intemporel avec des morceaux magnifiques comme Oh Jah. C’est Sly Dunbar qui a composé la chanson Dread Must Be Fed quelques années auparavant pour Delroy Melody et qui donnera le nom à cet album.

Marcus souhaite pour son album un rayonnement outernational comme disent les Rastas, c’est-à-dire en dehors de Jamaïque, mais il est novice dans le business de la distribution. Il se tourne alors vers Leslie Guy, membre de la famille de Bunny Wailer et réputée pour avoir une bonne connaissance de l’industrie musicale à cette époque.

A la recherche de Big Mac Soul Power
Marcus lui confie les enregistrements de "Dread Must Be Fed" ainsi que des titres de Brigadier Jerry qu’il avait produit. Il l’envoie au Canada et plus particulièrement à Toronto-Ontario pour trouver un deal. Leslie rencontre Humphrey McDonald & Teddy Davis du label Big Mac Soul Power. Elle laisse l’album sur place mais à son retour en Jamaïque, elle assure ne rien avoir conclu comme deal. Pendant ce temps, Marcus est arrêté en Angleterre pour un business de marijuana et est condamné à 15 ans de prison. Les policiers de Scotland Yard ont même débarqué en Jamaïque pour saisir une bonne partie de ses avoirs.

Winston ‘Marcus’ Martin sortira au bout de 7 ans de captivité. A son retour en Jamaïque autour de 1988, il réalise que son album "Dread Must Be Fed" a été pressé par le label Big Mac Soul Power au Canada et que des copies se vendent dans le monde entier. Marcus envoie donc Leslie Guy au Canada pour essayer de récupérer des royalties mais quand elle arrive à l’adresse indiquée sur l’album (68 Morecambe Gate Plaza), il n’y a pas de label Big Mac Soul Power… On lui indique que le label a déménagé à New York, mais ses recherches dans la Big Apple ne donnent rien. A son retour en Jamaïque, elle annonce la nouvelle à Marcus. Dégoûté, il ne veut surtout plus entendre parler de cet album et décide de complètement stopper la musique. L’histoire de cet album resurgit plus de trente ans plus tard quand un digger canadien a racheté le stock de LP "Dread Must be Fed" au propriétaire du label Big Mac Soul Power. Humphrey McDonald ou Teddy Davis avaient encore environ 75 copies de l’album. Big Mac Soul Power est toujours installé au Canada mais a refusé de répondre à nos sollicitations.

"Ease Up The Pressure"
En 1980, Delroy Melody rencontre Ruddy Williams et enregistre l’un de ses plus beaux titres, le profond Ease Up The Pressure, sur un riddim lourd concocté par le Studio One Band. Delroy dénonce : "Ease up the pressure, ease up the pressure / Rome is for the romance, Rome is not for African / We want to be free from all the misery" ("Relâche la pression, relâche la pression / Rome c’est pour les romances, pas pour les Africains / On veut se libérer de toute cette misère").

Delroy enregistre pour d’autres producteurs les titres School Girl, Possie Are You Ready et Beat Down The Fence. Joe Gibbs l’appelle pour faire une version discomix avec Trinity, Natty Dread She Want. Harry J le remarque et le fait entrer en studio pour enregistrer des titres comme Buss Shot, Live & Direct, My Lover. Ces titres se sont plutôt bien vendus, et Harry J propose à Delroy Melody un contrat d’exclusivité de huit ans : "J’étais super content car à cette époque Harry J était bien installé sur la place et son studio était l’un des meilleurs de l’île". Mais au bout d’à peine un an, Harry J ne lui fait plus rien enregistrer, et Delroy Melody se retrouve dans une impasse : "J’étais donc complètement bloqué dans le business musical, car je ne pouvais pas enregistrer pour d’autres producteurs. J’ai donc rejoint le groupe Sun Force Band à St Elizabeth en 1987 et on a joué dans de nombreux hôtels de l’île tous les classiques de la musique jamaïcaine".

"I'm from a humble beginning"
Après une longue pause, Delroy Melody reprend en main sa carrière artistique et surtout numérique en 2010 quand il voit que son album est un peu partout sur internet. Avec l’aide de sa femme Mrs C. Ford-Jones, son beau-fils Spicylus, ils créent Level Head Production pour distribuer "Dread Must Be Fed" numériquement. Poussé par sa femme, Delroy rejoint de plus en plus souvent en studio son ami Correl "Red Cap" Hewitt (guitariste pour Byron Lee et UB40) et père de la jeune sensation Natel qui accompagnait récemment Mr Vegas pour ses shows européens. Delroy offre à sa femme une reprise de Dennis Brown, Silhouettes et en plus de quelques productions crossover, il chante Bad Mind People et Humble Beginning en acoustique. Plus de 40 ans après avoir chanté pour la première fois derrière un micro, Delroy Melody chante avec le sourire et guitare à la main "I am from a humble beginning…" La modestie par Delroy Melody.

Humble Beginning (sample) :




"Je veux remercier Sylvan Morris qui m’a vraiment aidé dans ma carrière de chanteur et je tiens à big up Corell Hewitt qui travaille sur de nouveaux riddims pour moi actuellement. Big up également à Level Head Production, ma femme Mrs C. Ford-Jones, Spicylus mon beau-fils, Claudine Lloyd et ma road team Chris Lyslie, Mikey Jones et Joe."

L’album "Delroy Melody Collection", qui regroupe anciens et nouveaux titres, est disponible sur iTunes.


Article écrit par Jérôme Bast
Remerciements : Joe Safe


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Date de mise en ligne : 19/07/2013
The Original Delroy Melody

3 réactions
Appréciation générale :

Non sérieusement, maintenant n'importe qui ouvre un site soi-disant Reggae et s'auto-proclame critique ou journaliste Reggae sans un reel background derriere eux. Rome est pour les romances, cela serait peut-être plus juste de dire que Rome est pour les Romains et pas pour les Africains (Rome is for the Romans). Et puis detailler la pochette (sans se donner la peine de traduire, c'est pourtant reggae.FR), organ se dit orgue dans un article en Français, rhythm guitar se dit guitare rhytmique, etc...
A part ca l'article est interessant, j'espere juste que ce n'est pas la meme personne qui a fait l'interview, parce que s'il traduit Romans par romances, l'article devient hasardeux... Je ne suis pas pointilleux sur les erreurs de traduction, mais Rome et les Romains sont omnipresent dans le message Rasta, alors si quelqu'un ne comprend meme pas ca... ou va t'on... surement sur un site de connaisseurs. Tout ceci est dit avec respect, mais le respect est a double sens, écrivez des articles en respectant les lecteurs

bel article ! y'a qu'ici qu'on lit ça. big up à la team reggae france !!

Article passionnant ! Il reste encore beaucoup d’artistes comme lui qui attendent justice. Tribulations...


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