La structure parisienne Soundicate abritait jusqu’ici trois labels : Makasound, Inna De Yard et Black Eye. Elle inaugure ce mois-ci la naissance de Makafresh, label consacré au roots moderne. C’est le chanteur trop méconnu Doniki qui ouvre les hostilités avec "Radikal Expressions". En 1998, Doniki sortait pour le label Kariang un album en duo avec Steady Ranks "Come to Give Praises" malheureusement passé inaperçu. Mais c’est avec Pierpoljak qu’on avait découvert Doniki : il posait à l’époque un convaincant Never Dis A Rastaman. Richard Bell de Star Trail s'intéressa lui aussi à Doniki lequel lui donna quelques bons singles. On l'a aussi croisé sur les scènes d'Europe avec le crew Kariang il y a peu.
Ce "Radikal Expressions" est le premier album solo de Doniki. Pour une première, le résultat est de qualité. Au delà du casting prestigieux de l'album (Horsemouth, Barnabas, Dean Fraser, Mickey Chung, Earl Chinna Smith, Andrew Campbell, Bongo Herman, Pam Hall…), la voix de Doniki est largement au niveau. On sera particulièrement sensible aux mix et mastering de cet album. L'amplitude sonore est très large, nous laissant apprécier de cristallines cymbales opposées à une lourde (mais précise) basse. Du premier au quatrième titre, les compositions sont du meilleur goût, à la fois très roots et très dynamiques. Si Doniki nous rappelle tantôt un Luciano (Jah Children) tantôt un Bushman (My Bredren), parfois un Yami Bolo (Passa Passa) il ne manque pas pour autant d'identité musicale. Il a une façon particulière de construire rythmiquement ses lignes de chant, se baladant sur le riddim, ajoutant à ça un sens évident de la mélodie sur des textes conscients. Des morceaux comme Natural is Jah Mystic, le très bien construit Etretians ou le cuivré Gonna Be There allient qualité musicale et vocale. A signaler aussi, la présence de Kulcha Knox sur Poor Man aux arrangements soignés, de beaux cuivres, de belles cocottes guitare et un Featuring de feu de Kulcha…
Si un bon nombre de morceaux sortent du lot, on sera plus partagés concernant des titres comme Tricksters ou Rock & Grove qui, avec des lyrics légers voire naïfs, trouvent difficilement leur place sous ce titre "Radikal Expressions". Certaines intrusions dans d'autres répertoires sont discutables et pas toujours du meilleur goût à l'image du hip-hopisant A little Love. Things to Do, qui se veut très Dub UK, est plus convaincant. Au final, un bon album récent comme il en sort rarement en ces temps où les amateurs de reggae roots se penchent principalement sur les rééditions.



