Après trois albums ("Allah Niki" en 1993, "Nana" en 1997 et "Limaniya" en 2002, compilés sur "N'tara" en 2003), c’est en toute logique que paraît aujourd’hui "Liberté", un enregistrement live capté à Bordeaux. Yeliba ("les grands griots") est la dernière formation de Seyni en date, après Rootsaba et Some Style Band. Malgré les remaniements, le style de l’artiste reste le même : le balafon, sorte de grand xylophone aux lamelles de bois épaisses amplifiées par des calebasses, reste l’instrument phare de son reggae. C’est son frère, Nabi Kouyaté, qui tient avec brio les baguettes de ce piano sans âge. Que les amateurs soient rassurés donc, on retrouve le Seyni qu’on aime, celui de Mousso G'be et Rastaya où les envolées de balafons ponctuent avec délice les lignes vocales lourdes et inspirées.
Seyni, à l’instar d’un Tiken Jah Fakoly, se présente comme un messager engagé. Cependant, et c’est notre principale réserve, ses textes sont moins efficaces. La révolte se dit toujours avec des mots simples, mais Seyni n’apporte pas à ses paroles l’humour et la férocité que l’on reconnaît à Fakoly. On préférera, de loin, lorsqu’il chante en Malinké, sa langue natale. Rastaya en est une belle illustration. Dans le flot de paroles on repère un mot de français (bandit) et quelques mots d’anglais (rasta, Jah…) mais l’ensemble reste obscur pour le public occidental. C’est justement tout le plaisir de percevoir un propos là-même où ce dernier nous résiste. En ce sens, le meilleur morceau de l’album est sûrement La Force, où le texte, qui alterne couplets en français et en Malinké, est d’une efficacité imparable, ce qui manque cruellement sur Africa et Liberté, aux formules éculées.
On regrettera de ne pas trouver un véritable single. Pourquoi n’avoir pas gardé le superbe Mon Beau Village par exemple ? La beauté du chant rauque et cassé de Seyni, les arpèges afro du Balafon et la qualité du band offrent un agréable moment, mais Seyni est typiquement un artiste à voir sur scène.



