Plus d’un an que Snoop nous faisait mariner avec son projet reggae et sa conversion rasta. Un buzz savamment orchestré, cadencé avec un film et quelques singles révélés au compte goutte dont voici maintenant le point d’orgue : la sortie d’un album qui annonce ni plus ni moins la réincarnation de Bob Marley. Surprise, le résultat n’est ni un disque de reggae et encore moins un disque rasta. En fait, "Reincarnated" n’est pas vraiment un disque de musique jamaïcaine (si l’on s’en tient à la production et aux collaborations), ni même un disque de Snoop (14 duos sur 16 titres, qu’il n’a pas écrits pour la plupart). A l’instar des Jamaïcains qui l’ont vu débarquer chez eux l’année dernière et du vétéran Bunny Wailer, on est en droit de s’interroger : Snoop Lion ou Snoop Liar ?
Pourtant, on sent un réel investissement autour de cet album et les collaborateurs de Snoop n’ont pas démérités qu’ils soient derrière la console ou le micro. C’est le principal intérêt d’un album qui aurait pu s’appeler "Snoop Dogg & friends" : des invités variés qui s’en sortent généralement mieux que Snoop, de bonnes idées, bien produites. Mais le côté jamaïcain n’est qu’un vernis et les clins d’œil distillés ça et là sous forme de patchwork ne suffisent pas à en assurer l’authenticité. Avec Diplo (Major Lazer) aux commandes, la production a touché aux différents styles de musique jamaïcaine : early digital, dub, dancehall, one drop… Citons pêle-mêle, les synthés des années 80 utilisés sur les prod Music Works (Rebel way, Here come the king), la fanfare de Tivoli (Lighters up, un des meilleurs morceaux de l’album), l’hommage au Sleng Teng (qui ne suffit pas à sauver Fruit juice) et le sample de Smoke the weed de Michael Palmer pour le titre du même nom (un bon titre d’ailleurs, surtout porté par Collie Budz).
On aurait pu penser que le rap mélodieux du Dogg se marierait bien avec le reggae et le dancehall. Sauf que Snoop a voulu chanter et toaster ! Au final difficile de juger tellement il est épaulé vocalement que ce soit par des choristes ou par ses propres invités (Angela Hunte et Jahdan Blakkamoore assurent presque tous les backings, même s’ils ne sont pas toujours crédités). Dur pour les amateurs de reggae et pour les fans de Snoop d’y trouver leur compte : hormis les morceaux qui avaient déjà fuité, pas grand-chose de mieux. Certains titres, comme Get away ou le Ashtrays and heartbreaks avec Miley Cyrus, sont même presque inécoutables.
Comme dans beaucoup de ses projets annexes au rap, Snoop n’a pas su éviter la fanfaronnade : on sent qu’il s’est fait plaisir, en dilettante, mais le plus gros du boulot a été clairement fait par d’autres. Sans parler des récentes déclarations de Snoop à l’encontre de Bunny Wailer, cette attitude risque de donner du grain à moudre à ceux qui dénonçaient une simple démarche marketing. Curieusement, la polémique ne rebondit pas beaucoup en Jamaïque, mais ne dit-on pas qu’un chien ne mord pas la main qui le nourrit ?





