Attendu comme un des plus gros albums de l’année 2005 pour un artiste jamaïcain, ce "Clothes drop" de Shaggy, forcément cross-over et consensuel, n’en est pas moins consistant et globalement fidèle à son auteur. Par chance, l’album démarre avec de bons morceaux, dancehall de surcroît. Le premier titre, éponyme, sur un riddim de Sly & Robbie inspiré par leur hit pour Sugar Minott Herbman hustling, nous fait revivre le dancehall du début des années 90, le tout à la gloire du « Mr Lover ». Après avoir annoncé qu’il faisait tomber les fringues des filles, Shaggy se vante de savoir aussi passer à l’action sur le single Ready fi di ride produit par Tony Kelly et déjà bien connu. On passe ensuite au hip-hop avec une reprise du Intercom avec un sample de Barrington Levy déclarant « I’m broder than Broadway ». Le flow original de Shaggy couronne agréablement cet hommage à New York City. Incontournable également, le duo avec Olivia du G-Unit et le single Stand Up sur le riddim Stop that train, seul vrai morceau reggae de l’album.
Le reste est très cross-over et en dents de scie alternant entre de vraies réussites et des morceaux qu’il faudrait qualifier de mauvais Rn’B, s’il n’y avait Shaggy… Ainsi, les duos avec Nicole Scherzinger, Supa hypnotic produit par Soulshock and Karlin et avec Natasha Watkins sont à peine sauvé par les couplets de Shaggy. Nicole Scherzinger, lauréate du Popstar américain, se rattrape dans un deuxième morceau sur Don’t ask her that, un hip-hop plus viril aux accents orientaux. Mentionnons également le duo avec Will.i.am de Black Eyed Peas, morceau le plus pop de cet opus qui est cependant bien servi par le flow de Shaggy.
Parmi les réussites, c’est sans surprise que l’on retrouve d’anciens partenaires du toaster. Rayvon d’abord qui offre une belle démonstration de maîtrise vocale sur Back in the days dédié au quartier de Flatbush et proposant un regard lucide sur le parcours de Shaggy. Le duo avec Brian « Gold » Thompson, dans un style Rn’B classique, s’écoute presque trop facilement mais reste de bonne facture. De même pour celui avec Rik Rok. La qualité des lignes mélodiques se ressent sur les parties de Shaggy et l’alchimie entre les partenaires jamaïcains est clairement au rendez-vous. En solo, Shaggy développe les thèmes lover de façon moins festive. Ainsi Ahead in life, un morceau sombre bien mené avec un refrain chanté ou Gone with angel, qui s’apparente plus à une soupe pop qu’à du dancehall. On est par contre assez surpris par Repent et Letter to my kids qui dévoilent un côté plus intime de Shaggy. Son sixième album, varié (voire variété), semble parfois à mille lieues de la Jamaïque et du dancehall. La production, soignée et ce dans tous les styles, permettra encore une fois à Shaggy de concurrencer les blockbusters de la variet' internationale. Malgré des réussites incontestables et des singles forts, reste l’impression pour l’auditeur d’être victime d’une recette marketing (qui d'ailleurs change selon qu'on habite aux Etats-Unis ou en Europe, à en croire le tracklisting légèrement différent entre les deux éditions) avec des morceaux pré formatés pour titiller la plus large audience.






