6 novembre 2006 à 22:04
Le "Service Citoyen Volontaire" : un SAC "sauce Sarkozy" lancé à Puteaux
Nicolas Sarkozy utilise les Hauts-de-Seine pour tester sa dernière grande
idée : la constitution de groupes de "citoyens volontaires" pour aider les
forces de l'ordre à assurer la sécurité publique ! Après le SAC (Service
d'Action Civique) de Charles Pasqua, il y aura désormais le SVC (Service
Volontaire Citoyen) du ministre de l'intérieur, président de l'UMP et
président du Conseil général des Hauts-de-Seine.
La maire de Puteaux, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, suppléante de Nicolas Sarkozy
à l'Assemblée nationale, s'est aussitôt empressée de publier dans le
magazine municipal ("Puteaux infos" d'octobre 2006, page 59) un appel au
recrutement de ces "citoyens volontaires de la police nationale". Ceux-ci
seront des bénévoles recrutés "à l'issue d'un entretien et d'une enquête
administrative". Ils pourront participer "à des actions de soutien et de
renforcement de l'autorité parentale, d'accueil et de suivi des victimes, de
prévention, de médiation et d'explication de la loi dans le cadre de
structures scolaires". Les postulants sont invités à retirer un dossier
d'inscription au commissariat de Puteaux.
Je vous propose de surveiller très attentivement la mise en place de cette
mesure à mon avis dangereuse pour plusieurs raisons :
Pourquoi premièrement faire appel à des "bénévoles" pour assurer la sécurité
publique ? L'Etat n'a-t-il plus les moyens de le faire ? Il y a déjà la
police et la gendarmerie, mais aussi les polices municipales, les adjoints
de sécurité, les médiateurs, etc. Pourquoi ce nouveau statut ?
Sur quels critères seront recrutés ces bénévoles ? Qui décidera de leur
intégration ou de leur non intégration ? Qui contrôlera ce recrutement,
ainsi que l'exécution des missions de ces "volontaires" ? Qui fera le bilan
de cette expérimentation ? Le ministre de l'intérieur lui-même ?
A quelles informations auront accès ces "bénévoles" qui -parce que simples
"citoyens volontaires"- ne seront soumis -contrairement aux fonctionnaires-
à aucune obligation de réserve ou de confidentialité : la CNIL a déjà repéré
le danger en voulant s'assurer que "les personnes agréées pour le service
volontaire citoyen de la police nationale n'accéderont pas, dans le cadre de
leurs fonctions, aux traitements, automatisés ou non, de données à caractère
personnel de la police nationale". Autrement dit, comme s'assurer que ces
"volontaires" n'auront pas accès aux données personnelles : adresses,
fichier des immatriculations, casier judiciaire, ...
Quels moyens humains ont-ils été prévus pour la mise en place de cette
mesure ? Les "volontaires" seront-ils systématiquement et en permanence
encadrés par des policiers ? On nous dit que ces "volontaires" recevront une
"information" avant leur première mission, portant "sur le cadre
institutionnel, partenarial et juridique de l'action policière". Avant
chaque mission, le "volontaire" recevra aussi une "information
opérationnelle" sur "les objectifs attendus et les méthodes". Qui assurera
ses "informations" ? Des policiers ? Cela veut-il dire que des gardiens de
la paix passeront leur temps à assurer des formations, au lieu d'accomplir
leurs missions normales ?
Un véritable temps de "formation", de plusieurs semaines, voire de plusieurs
mois, ne serait-il pas plutôt nécessaire pour assurer des missions
complexes, qui demanderont des connaissances légales pointues et des
capacités psychologiques importantes, puisqu'elles concerneront -nous
dit-on- l'"autorité parentale", le "soutien des victimes" ou bien encore
l'"explication de la loi" aux jeunes ?
Face à l'échec de ses méthodes au ministère de l'intérieur, Nicolas Sarkozy
met en place dans les Hauts-de-Seine, et donc à Puteaux, des mesures qui par
leur impréparation, leur démagogie et l'absence de moyens dégagés, risquent
de provoquer plus de problèmes que d'en régler. Dans une ville comme
Puteaux, je vois bien le danger de la création d'un tel groupe de "citoyens
volontaires" qui pourrait rapidement se transformer en "milice privée".
Imaginez le profil des gens qui vont se proposer !!!!
Plus que jamais, la surveillance citoyenne est effectivement nécessaire,
mais pour s'apposer à cette politique de "rupture" qui est en réalité une
politique de "démolition" des principes démocratiques et républicains.
Christophe Grébert
one love