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CONTINENTAL - Clairoix... Exemplaire !!

Dans Explicit lyrics · 53 messages · 2009-2010 · page 1 sur 4

beth-aparVétéran11 430 messages

21 mars 2009 à 16:15

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Metaleurop, Moulinex... et maintenant Continental-Clairoix... ?

Jeudi 12 mars 2009, les salarié-es de Continental désertaient leur poste de travail, aussi brutalement que la nouvelle de fermeture est tombée sur leurs vies et celles des habitants de la région.
Depuis quelques mois la menace d'une perte massive des emplois (1 200 personnes) alimentait les conversations, mais une déclaration écrite de maintenir le travail jusqu'en 2012, de lourds investissements dans la recherche, du matériel et une ligne de production pouvaient assurer aux salariés que la fermeture du site n'assombrirait ce printemps.





Pourtant, dans ce Monde où règne, impitoyable et déshumanisé, le capitalisme financier, dans ce monde du "tout est possible" pour les maîtres, seigneurs et fortunés, une décision a été prise par la Direction du Groupe, sans considération aucune de l'Humain : "le site de production de Continental-Clairoix aura cessé toute activité d'ici l'automne 2010"... En même temps qu'elle annonçait le même sort aux ouvriers du site de Hanovre.

Alors, "en bas", la colère rugit. C'est d'abord la direction du site qui subit les foudres des salariés. C'est aussi les délégués et élus de l'organisation syndicale signataire de l'accord du passage aux 40 heures hebdomadaires qui devait "sauver" les emplois jusqu'en 2012. Enfin c'est le politique, et le 12 mars les ouvriers en cortège parcourent le trajet qui les mène à l'hôtel de ville de Compiègne et exigent d'être reçus par Philippe Marini, sénateur-maire et ami du Président Sarkozy.
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Le miracle n'a pas eu lieu. Tout blindé d'importance et de prestige qu'il soit, Monsieur le sénateur-maire n'a d'autre solution et conseil à offrir que... "Gagnez du temps" !!

Alors les salarié-es bloquent les accès à l'usine.


En A.G., ils décident de mener la Lutte.
"Rien ne doit sortir ! Rien ne doit entrer !"


Le siège de l'entreprise s'organise. Des commerçants locaux apportent leur soutien. Des élèves des écoles primaires préparent des gâteaux en classe et les apportent à l'usine. Il s'agit de canaliser les angoisses perceptibles dans les familles, les mômes s'inquiètent, comprennent que quelque chose de grave pénètre dans leurs routines.

Le matin du vendredi 13 mars, à l'Union Locale siège la réunion de préparation du mouvement de grève et de manifestation du 19 mars. Continental est au cœur de la discussion.
- Lundi c'est le CCE à Reims (CCE = Comité Central d'Entreprise). Probablement la direction va proposer d'ouvrir les livret IV et III (procédures légales). Il ne faut pas aller au-delà du livret IV, qui entraine la nomination d'un expert. S'ils ouvrent le volet III, ils font un pas de plus vers la fermeture, ils attaquent les négociations sur les conditions financières des licenciements... Et là c'est mort. Quasi sûr.

Sur place, tout est mis en œuvre pour que rien ne passe. Néanmoins la direction demande aux délégations l'autorisation de sortir une commande pour un fabricant automobile, demande rejetée.











Entre syndicats des tensions sont perceptibles. L'inter-syndicale semble fragile. Les salariés divergent dans la conduite à tenir, certains soutiennent qu'il faut négocier le "max' de pognon et partir", d'autres qu'il ne faut lâcher aucun emploi. L'atmosphère est lourde. Quelques-uns ont fait des excès de boissons. Les cadres restent en retrait, invisibles. Les élus de communes environnantes viennent saluer et encourager les salariés. Dans les atelier règne ce curieux et pesant silence des machines. Quelques salariés isolés arpentent le vide ou préparent des banderoles et pancartes. On attend maintenant le CCE.

Le Comité de Lutte prépare cette journée. Il faut des cars. 18 seront disponibles.
Une délégation de salariés investie le Carrefour et obtient du directeur des denrées alimentaires.





Lundi 16 mars 2009. C'est finalement douze cars qui partent tôt le matin pour Reims, où se déroulera le CCE. Seul un drapeau flotte au-dessus des salariés restés sur site et de la population venue en soutien.

Sans surprise cette réunion est un échec. Sur les radios on apprend que la Direction allemande à déclarer qu'elle ne reviendra pas sur sa décision. A Reims, les salariés sont trop en colère pour accepter une discussion stérile.
"Trahison !" ce seul mot résume le déplacement et la situation dans laquelle se trouve les "Conti".
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Les délégués font leur possible pour expliquer les conséquences de ce fiasco et la conduite à tenir.
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La visite d'une délégation de Conseillers régionaux est annoncée. Devant l'usine c'est l'attente dans une rage communicative. On attend de pied ferme "la délégation de l'UMP venue pour débuter sa campagne..."





et l'on décide de couper la voie ferrée pour marquer le coup et exprimer la colère à son comble.


La voie libérée après une demi heure de blocage, la délégation du Conseil régional arrive sur le site de l'usine...


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Avec un message aux salariés : "Ne politisez pas ce débat. Ce n'est pas une question de Droite et de Gauche..."
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Les heures qui suivent seront réservés aux préparatifs de la manifestations de jeudi. Les salariés décident qu'ils rejoindront le rassemblement à pied en passant dans la zone industrielle pour emmener avec eux les ouvriers des autres boites.
Les temps s'écoulent sous le soleil. On parle beaucoup des conséquences de cette fermeture annoncées, sur le bassin de l'emploi de la région, sur les familles, sur l'avenir, sur la santé psychologique, sur les ressources de vie. On évoque les bons salaires, la bonne ambiance. Les rangs se sont soudés et l'inter-syndicale tient bon. Le Comité de Lutte accueille non seulement les syndiqués des différentes organisations mais aussi les non-syndiqués.
Déjà les hommes se projettent vers ce qui leur est promis : le chômage. Inquiets ils comparent leurs vies avec celles qu'elles pourraient devenir.
- Aujourd'hui ça va encore, on est là entre nous... Mais quand on sera au chômage ?... Isolés dans nos familles...
Peu à peu ils parlent des crédits de maison, ils racontent la vie dans les ateliers, la comparent à d'autres expériences professionnelles bien pire. Ils sont là, devant cette usine qui ne produit ni bruit ni fumée.

Jeudi 19 mars 2009. Grandiose !
On dit "15 000 personnes".
Aucun débordement. Aucune casse. Aucune violence.
Du bruit et de la fureur. Et la volonté dans découdre avec une politique gouvernementale et présidentielle qui n'a de cesse de casser les acquis des travailleurs, de casser les services publics, de nier les besoins et attentes de la population, de ne rien faire pour interdire des licenciements qui broient des vies au seul profit de riches toujours plus riches, de supprimer les droits qui protègent les salariés... et qui ignore le Peuple avec arrogance et mépris.



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Vendredi 20 mars, un lendemain.

Mais aussi un rendez-vous pour une Assemblée générale à 10h00.
Petit à petit les "Conti" reviennent sur le site de leur galère. Fatigués mais pas abattus.







Un véhicule du supermarché d'une commune voisine dépose un don de ravitaillement et s'éloigne.

On se félicite de la journée d'hier, qu'il n'y ait eu aucune casse, que la manifestation s'est déroulée avec dignité et détermination.
On se demande que faire maintenant. On parle à nouveau de "ramasser ce qui est encore possible". On salue les autres manifestants d'avoir été derrière les Conti. On dit qu'il ne faut pas se replier sur l'unique problème Continental, qu'il faut mener la lutte sur tous les fronts, qu'il faut rassembler, que si les salariés des autres boites et du Public ont montré leur Solidarité il faut que les "Continental" soient solidaires des combats menés partout sur le secteur. On dit qu'il faut se battre pour que les politiques de ce pays changent. On dit que l'argent des indemnités de départ ce n'est pas la solution, que ça ne résoudra rien à l'avenir qui se prépare. On commente les journaux, la déclaration du premier ministre Fillon, la politique générale menée par Sarkozy. On parle "santé", chômage, on fait le lien avec les deux.
On évoque lundi : la reprise du travail. On dit que l'envie n'y est plus, que l'ambiance va être très spéciale, qu'il n'est plus question de rendement. On dit qu'il ne faudra surtout pas qu'un chef s'autorise des remarques. On se rappelle la vie dans l'entreprise avant l'annonce de fermeture. On se demande comment travailler ici sera encore possible, jusqu'à fin 2012...


Avant l'A.G., à l'écart, le Comité de Lutte se réunit devant les locaux syndicaux.
On se félicite d'avoir retrouver un document qui engage la direction d'assurer le travail jusqu'à fin 2012, et que la fermeture de l'usine se réalise sereinement. On évoque le PSE (Plan de Sauvegarde de l'Emploi) et de ses 60% du net pendant 20 mois... qu'il ne faut pas qu’il commence dès le 31... . Le délégué syndical reprécise le cadre, encore et encore. On parle de la journée de mercredi, du "rendez-vous" avec Sarkozy, qu'on devrait avoir un train, et que s'il n'y a pas de train il y aura des cars, puisque du pognon on en a (environ 90 000 euros donnés par le Conseil général, le Conseil régional et des entreprises locales). On décide de la création d'une Association loi 1901 pour ouvrir un compte au nom du Comité de lutte, on obtient des volontaires pour composer le bureau et s'occuper de cet argent. On décide d'organiser un grand barbeuk dimanche, avec la musique et tout le toutime. On pense à s'occuper et se faire voir... on sait qu'ici il y a beaucoup de motards. On parle du soutien à ses salariés d'une boite voisine mis en justice par le patron en raison de la grève d'hier, et qui comparaissent dès cet après-midi...

Et le Comité de lutte se dirige vers la guitoune pour tenir l'Assemblée générale.

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à suivre...

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beth-aparVétéran11 430 messages
beth-aparVétéran11 430 messages

23 mars 2009 à 22:26

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Lundi 23 mars 2009. 17h00.

J'arrive sur le site et c'est d'abord la barrière posée la semaine dernière par les salariés qui me tape à l'oeil. Toujours en place.

Puis je distingue un camion chargé qui s'éloigne.



Devant l'usine deux pompiers sont à l'ouvrage.



Et un changement dans le décors ...



Oui. Le travail a repris.


Lundi 23 mars. 17h00. Au local syndical.



Je pousse la porte et suis saisi par la chaleur. Les visages sont crispés, marqués par la fatigue. Les regards sont durs. Les travailleurs portent toujours les chasubles, les badges et autocollants plaqués sur leurs vestes. Les voix sont cassées. L'ordinateur est allumé. Les verres de café sont vides.
Les voix sont cassées mais portent fort.

Il n'y aura pas de train mercredi. Mais 18 cars financés par le Conseil régional. 18 cars de 59 places. Il faut les remplir...
Le téléphone sonne.
C'est un des ateliers.
- Encore un qui met la pression, encore un qui demande du rendement.
Je comprends que ces coups de fil se succèdent depuis le matin. Que des chefs poussent à la production alors qu'il est convenu que cette semaine devrait être "service minimum".
- C'est encore Machin, ça fait trois fois que j'y vais. Il fout la pression à Untel. J'y retourne...
- Oh! Faut aussi qu'ils se démerdent. On peut pas y aller sans arrêt !
- ...
Le délégué décroche le téléphone et appelle la direction.
- Faut que ça s'arrête les pressions dans les ateliers !... On avait convenu...(silence dans le local. Le délégué écoute le représentant de la direction)...On veut la garantie que Continental ouvre une négociation en tri-parti, c'est-à-dire qu'on veut la garantie que Continental ne donnera pas uniquement les miettes qu'il y a sur le plan social... S'il y a un seul accident ça va vous couter très cher, faut pas demander aux Gens de prendre le risque d'aller se foutre les pattes dans une machine... Vous parlez de la sécurité des machines, mais si y en a un qui se fout les pattes dans une machine, un qui pète un cable, vous serez responsable... Jusqu'à mercredi foutez-nous la paix!... Laissez les gens retourner à leur machine !... Vous voulez quoi ?! Que tous les gens aillent s'inscrire à la Cellule psychologique ?... Il n'y a que l'assurance d'avoir un espoir de s'en aller de cette entreprise avec de bonnes garanties qui pourra faire que les gens, psychologiquement aillent beaucoup mieux et qu'ils puissent reprendre les machines pendant un an...
Une discussion qui s'étalera sur un quart d'heure... Aussi, le délégué évoque cette possibilité d'aller déposer sur la main courante à la gendarmerie, pour harcèlements multiples...
C'est très très tendu.

Et le téléphone sonne encore. Le délégué prend l'appel. Il demande le silence.
- ...
- C'est le journaliste du Parisien. Il dit que le Conseil régional ne veut pas payer les cars...
On reprend le téléphone. On appelle le maire de la commune voisine qui siège au Conseil... Confirmation!
- On a bien les cars.

Ils partiront mercredi à 8h00. Il faut être là à 7h00.

Il faut les remplir.
- Ouai. Viens avec Nous. Viens avec tes potes. Dites à vos potes de venir. Faut les remplir ces cars...

Une A.G. est prévue à 23h00.
- J'peux pas assurer, dit le délégué. J'n'en peux plus. Faut que j'dorme, ça fait dix jours que j'dors pas. J'prends un cachet, j'dors cinq heures et c'est tout. Didier c'est pareil... Faut prendre le relais, les Gars. Sinon j'vais... Qui la fait cette A.G. ce soir ?
- ...
- Oh les Gars. Moi j'peux pas là !... J'peux pas faire toutes les A.G.

Depuis ce matin, trois A.G. se sont tenues. Une pour chaque équipe qui reprend le travail.

17h40. Enfin quelqu'un se déclare volontaire pour tenir l'A.G. de ce soir. Un autre s'engage à être avec lui...

Les allers et venues dans ce petit bureau se succèdent. Sans arrêt.
- Ouvre la fenêtre !...
Il fait très chaud dans ce petit local. Les chaises sont toutes occupées par des hommes qui semblent être au coeur d'une tourmente.
Je pense que s'ils ne prennent pas du repos, certains vont le payer cher de leur santé. Ils tiennent comme dans une tempête, épuisés mais déterminés.

La cafetière revient. Pleine.

Un cadre entre. Il a entendu dire qu'en A.G....
Les Hommes reprécisent encore ce qui est dit en A.G.. Et ils dénoncent les pressions de certains chefs sur le personnel qui travaillent aux machines...
Le cadre annonce que la CGC va sortir un tract d'appel aux cadres de ne faire aucune pression...
- Nous sommes tous dans la même galère. Tous solidaires, tous ensembles... Il n'y aura pas de pression sur les salariés. Nous garantissons la paix sociale...

Je sors du local.
Mes sentiments sont confus. Je suis admiratif et émus. Révolté !

Aujourd'hui un journal local titre "Clairoix : une guerre juridique se prépare."

J'ai vu : la guerre est déjà dans l'entreprise.




Je reçois un coup de fil.
- On dit que les cars déposeront les "Conti" entre gare du Nord et gare de l'Est. On dit que les CRS les attendront et qu'ils les empêcheront de passer...

J'y serai bordel !

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bosniakAccro512 messages

23 mars 2009 à 22:51

C'est le coeur serré que j'ai lu ce texte, qui est peut-être le tient.

Plein de sentiments se melangent, des analyses un peu plus politiques aussi...mais surtout de l'émotion !!

Force à toutes et tous !!
beth-aparVétéran11 430 messages
beth-aparVétéran11 430 messages

25 mars 2009 à 22:22

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Quelque chose se prépare...





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beth-aparVétéran11 430 messages

25 mars 2009 à 22:29

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mercredi 25 mars 2009.


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beth-aparVétéran11 430 messages
beth-aparVétéran11 430 messages

26 mars 2009 à 21:52

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La balade des Conti...
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Et ensuite on met le feu !
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Sûr, il manque le rugissement et le mouvement de la vague.

Ce matin, une personne qui avait "eu" des informations par la télé, reprochait qu'il n'y ait pas eu beaucoup de drapeaux aux couleurs des organisations syndicales, qu'on ne voyait que les autocollants CONTINENTAL. C'est un point de vue... ou une mise en image volontaire.
Toujours, c'est vrai que des autocollants il y en a eu sur le passage des salariés en colère. Des milliers probablement.
Beaucoup de sourires ont salué le cortège. Des poings levés aussi. Des passants effarés et d'autres amusés. Quand aux vitrines des commerçants, la plupart se sont laissés faire.
Probablement la population de ce petit village qu'est le 8ième arrondissement de Paris n'avait pas reçu l'info que des campagnards allaient débarquer en masse sur leurs boulevards.


"Ah!... Paris!"
Ben Cousin, ils se sont offert une bien belle balade.

C'est place Saint-Augustin que l'ambiance s'est tendue. Mais sans aucun incident regrettable. Aucun.
Si le contraire eut été, les télés se seraient régalées.

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beth-aparVétéran11 430 messages

27 mars 2009 à 19:20

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départ de feu... ?

Maintenant que le conflit devient affrontement, que la mise en pression a été ignorée et toisée, "tout devient possible", comme clamait l'affiche.

Ici, autour de Clairoix, les commentaires vont bon train.
Le lancement du "mouvement" est salué, mais les avis divergent quant à la suite.
Cette volonté de mener le combat sur les seules décisions du Comité de lutte est controversée... Monsieur Szpirko n'est pas sur place pour regarder les trains passer. Même si le salut des locos est chaque fois un p'tit plaisir.

Sans doute ça n"a rien à voir, mais je regrette n'avoir vu Olivier sur la place Saint-Augustin mercredi dernier... Et présume le débat pour cette décision.

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beth-aparVétéran11 430 messages

28 mars 2009 à 12:22

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Retour place Saint-Augustin,
pour le plaisir. :cheesy:




Si des salariés ont porté de lourds pneus tout au long de la balade, c'est pas pour faire un tas comme on fait un paté sur la plage. Pas non plus parce qu'ils avaient piqué l'idée des tas de chaussures orphelines en protestation du commerce et de l'usage des mines anti-personnelles.

Après l'hôtel de ville de Compiègne, le 12 mars, la fumée noire allait léché d'autres façades...

















































Alors la colère des "Conti" s'est engouffrée dans un boulevard, portée par le vent.



Comme c'est beau !





Mais on n'est pas là pour s'amuser.


Discret comme on peut l'être dans une foule happée par le spectacle, efficace et rapide, on vient chercher la délégation. Un petit groupe se forme...


et s'évanouit derrière un mur gris.


Derrière le mur c'est habité.

Des journalistes sont passés. Tout va bien et se déroule...


Prudent je demande à ces pères de famille au labeur si je peux me permettre quelques clichés...
- Pas d'problème.
- Vas-y. Fais lui un sourire !



Ah! La rumeur s'élève à droite !... Qu'est-ce donc ?

On discute...


Sourire et détente... Fini.


- Mê! Mê!...
- Grrrrrrr















J'ai compris : "On ne discute plus."



Qu'est-ce qu'il y a ?
- La Fédé nous passe dessus... me répond un militant de la CFTC.







Retour dans la place.





On shoote à mort.





- Putain Cousin ! Trop fort les anciens !!




Les "Conti" sortent leurs sandwiches, investissent la place et la terrasse d'une brasserie et commenteront plus tard les tarifs. La boulangerie fait sonner sa tirelire.
Le bruit retombe et l'épaisse fumée noire des trois foyers fait comme elle le sent.

C'est le moment des prises de paroles.


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beth-aparVétéran11 430 messages

28 mars 2009 à 13:20

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J'ai reçu ça :

» Pour l'emission de daniel mermet « Là-bas Si J'y Suis », antoine tchao recherche vieil ouvrier ou famille travaillant à conti ; contact la Librairie des Signes (Compiègne) «

- C'est quoi “Là-bas Si j'y Suis” ?
Une émission diffusée sur France Inter à 15h00...

Ces derniers jours, la Lutte des “Conti” a été mise à l'honneur :
: //[lien retiré]

En ligne ici : : http://www.la-bas.org/

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beth-aparVétéran11 430 messages

28 mars 2009 à 18:07

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On repose le micro.

Temps d'observation.









Pour les spécialistes, qui reconnaitront les séries...

A Clairoix l'usine produit environ 980 séries différentes.
Un salarié, 45 ans et vingt et un ans de maison, m'explique que cette pléthore de séries impose une baisse de la production.
- Je change jusqu'à 4 fois dans la matinée les réglage de ma machine. Depuis des années je travaille sur la même machine. Quand on doit produire une grande série, ça sort en production. On a pété des records à Clairoix... Mais 980 séries ! Alors que Sarreguemines en sort 80. Mais quand on sera fermé, c'est eux qui vont se ramasser les séries... Et ça fera pareil !
Régler ma machine ça prend 20 minutes... une demi-heure... Puis il y a les bourrages...



















Les passants extraordinaires...
























Deux heures s'écoulent...


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Et soudain ça bouge.






























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(Fin des images-qui bougent. La carte de mon appareil est pleine. Je chope mon stylo...)


- Il ne faut pas casser !, pour le moment.
On part pour un marathon. Il faut tenir le plus longtemps possible.
Durer - durer - durer !
Nous avons été écoutés mais pas entendus.
Nous avons l'impression que le degré de notre détermination n'a pas été perçu.
Aujourd'hui nous allons remonter dans les cars.
Demain! Tous à l'A.G.
Pas en équipe ! Tous ensembles !
A 8h00... ? 10h00!... Ok. 10h00.

- "Nous reprenons dès aujourd'hui en main notre avenir !!"

Et c'est une vague humaine et bruyante qui remonte le boulevard jusqu'aux 18 cars qui attentent.
A 14h40, je suis assis. Un peu sur le cul.
Pô pô pô. Quelle journée.

C'est comment dehors ?...









C'est pas eux.

Ces deux-là sont tombés dans un rêve...


En convois...


- On a fait le nécessaire, commente un bientôt retraité.


Rentrés...











Encore un cri !









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beth-aparVétéran11 430 messages

29 mars 2009 à 21:26

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26 mars 2009 - Clairoix

La veille, place Saint-Augustin à Paris, les salarié(e)s se sont donnés rendez-vous à 10h00 devant l'usine.

Arrivé à 9h30, je pensais capter des chuchotements, des silences, et ce sont les bruits agressifs d'un tracteur et des souffleurs thermiques qui dominent.










Les premiers braves.




Stigmates



















Les combattant(e)s acculés









































































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Le Comité de Lutte quitte les locaux syndicaux...




L'Assemblée générale de ce "lendemain" :

[lien retiré]



Sur le site ContiBlog :
"Et ça continue !!

Ce vendredi 27 mars, à Clairoix, un huissier de justice cherchait désespérément les invités au Comité Central d’Entreprise du début de semaine prochaine afin de leur remettre en mains propres les convocations aux réunions prévues initialement à Reims puis délocalisées à Nice pour des raisons de sécurité. Bien sûr les intéressés ne sont pas dupes et n’ont pas accepté lesdits documents. Les personnes non présentes à Clairoix aujourd’hui avaient dans leur boite aux lettres personnelles, un « avis de passage » leur signifiant l’acte « signification de documents » à la demande de SNC CONTINENTAL France. Document déposé en l’étude d’un huissier local.

La direction de Continental utilise des méthodes particulières qui laissent présager un avenir peu serein ressemblant plus à une guerre des nerfs qu’à une négociation « gagnant gagnant » ; comme ils disaient quand ils voulaient obtenir quelque chose des salariés.

Cette nouvelle épreuve a pour effet d’augmenter la mobilisation des élus aux CCE qui ne comptent pas en rester là dans cette procédure puisqu’ils ont dès aujourd’hui fait le nécessaire auprès du Tribunal de Grande Instance pour annuler ou suspendre par voie de référé la procédure engagée par Continental et ce pour remettre les choses en l’état et, faute d’accord volontaire de Continental pour laisser à la médiation légale, le temps de se mettre en place.

Que se passera-t-il donc la semaine prochaine ?
"



Quinze jours de Lutte. Quinze premiers jours. Et les nuits d'insomnies.

Et puis il y a moi, dans tout ça. Un lambda.
Jeudi 12 mars, avec Ma Chérie, nous étions allés au cinéma, dans le centre ville de Compiègne. Avec mon appareil photo. Non pas que je mitraille les films de salle, mais je sentais qu'autour de Compiègne il pouvait se passer quelque chose. L'annonce brutale, la veille, de la fermeture de l'usine, inacceptable, pouvait allumer le feu. Légitime.
Nous avons vu Welcome, que je promote volontiers. Il s'agit du sort des Hommes...
Sur le trottoir, en sortant, j'ai rallumé mon téléphone portable et découvrais un message d'un Ami et Camarade.
- Les salariés de Conti montent à pied de l'usine pour rencontrer Marini !...

Alors, sans hésiter et sans présumer, nous avons traversé la ville et avons gonflé le rang de nos deux petites personnes. Citoyenne et citoyen, révoltés et réfléchis. Révoltés que des puissants dominent ainsi le Monde et ceux qui l'habitent, solidaires et conscients du drame humain qui surgissait soudain dans nos vies.
Inacceptable que des princes, des richissimes dominants du haut des tours, puissent ainsi agir.


Ce jour-là, j'ai fait des images grises. Et j'ai filmé la déclaration des délégués syndicaux alors qu'ils avaient été reçus par le sénateur-maire de Compiègne, ami du Président Sarkozy dit-on. Nous sommes rentrés à la maison. Nous avons caressé le chien d'abord et les chats. J'ai allumé la cheminée, puis l'ordinateur. Pour le diner, nous avons décidé de grignoter ce-qu'il-y-a...

Je suis éducateur spécialisé et je suis ouvrier.
Ma force de travail est cérébrale, elle touche à l'attitude, à la voix et aux regards. Mes savoir-faire sont dans l'être-là et cette aptitude à formuler les mots pour le dire. Je n'ai pas l'esprit technique et n'ai pas de force dans les bras.
Avant d'être cet homme, j'ai travaillé à l'usine et sur les chantiers. J'ai fait le saisonnier et l'intérimaire. J'ai fait le stagiaire, en T.U.C. et en S.I.V.P. et j'ai souhaité m'échapper. Produire est aliénant dès que l'homme est variable d'ajustement.

Ainsi fait, j'ai regardé mes images. J'ai vu l'humain, dans l'Histoire de la condition ouvrière. J'ai vu s'abattre le pire. Là où je suis.

- Mais qu'est-ce qu'on peut y faire ?...
Un possible.
C'est déjà ça.





Mille cent vingt personnes c'est pas rien.
Mille cent vingt personnes c'est pas des images du p'tit écran.
Qui passent et s'oublient.

Mille cent vingt personnes c'est des amoureux, des potes et des voisins. C'est des enfants et des grands-pères. C'est des cyclistes sur route de campagne et des ados sous les abris-bus. C'est un rigolo qui boit trop, c'est un fidèle du petit disquaire et de la boulangerie. C'est un chasseur de brame et une femme dans son jardin. C'est un gamin de quartier, c'est un frère, un époux, un fils. C'est une mère, une amie, une ex de lycée.
Mille cent vingt personnes ce n'est pas que des crédits-maisons, puisqu'il y en a.

Mille cent vingt personnes c'est cinq mille heurtées de plein fouet.
C'est soixante millions qui acceptent l'inacceptable, résignées...
Ou pas.

Mille cent vingt personnes. Un échantillon ou des vies ?




- "Nous reprenons dès aujourd'hui en main notre avenir !!"



Dans mon taf, dans mon jargon, on dit que pour tenir debout et avoir le désir de vivre, "un des petits fondamentaux c'est l'image de soi".



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Tiendez bon !!




Dans la tourmente j'ai pensé à "Reprise, un voyage au coeur de la classe ouvrière", le film d'Hervé Le Roux, qui d'un petit rien - quelques images sonores qui bougent - raconte pour la Mémoire ce qu'était l'usine Wonder alors que surgissait la révolte.

Plus tard j'ai pensé à "Mémoire d'un saccage" de Fernando Solanas. Et, toutes proportions gardées, que Philippe et l'homme qui tend la perche, au coeur du conflit naissant, avec micro et caméra à l'épaule, allaient probablement réaliser un puissant document.

Ni eux ni moi avions songé que nous serions là.

Une projection de mes clichés, à l'usine, pour ces mille cent vingt personnes et leurs amis et camarades... ça m'irait bien.
Aussi, je les ferai tourner sur dvd.

Hier soir, nous avons regardé "The Happiness of the Katakuris", un film de Takashi Miike.
Excellent.


Nous, dans le travail social, les attaques sur le bassin de l'emploi sont plus sournoises. Réelles et sournoises. Elles touchent aux effectifs, elles touchent aux qualifications, elles brutalisent notre Convention collective nationale, elles abordent l'éducation spécialisée et le soin en terme de coût au détriment des besoins, elles hiérarchisent la pluridisciplinarité des professionnels... Nos enfants, nos fous, nos malades coûtent trop cher. La personne handicapée est un prix de journée qu'il faut réduire.

Juste pour dire...



cliché du 19 mars 2009 :

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beth-aparVétéran11 430 messages

1 avril 2009 à 11:53

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Là-bas Si J'y Suis y était :

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1655





Dedans de l'émission j'entends :

- J'espère qu'il va mouiller sa chemise le Président... parce qu'ici tout le monde y a cru, à son slogan "Travailler plus pour gagner plus" !

hu hu hu.
Si ce n'était pas le réel, ce serait... comique.

Puis sans doute qu'il y ont cru. Pas tous. 59% des électeurs ce n'est pas tout le village.

Il y ont cru et ils ont palpé. Ils ont palpé lorsqu'ils allaient former les ouvriers de l'Etranger, ceux-là payés une misère, eux ramassant les primes à la pelle.

- Lutte Ouvrière est aux portes de l'usine là ! C'est une honte, c'est une trahison !!

hi hi hi... Comment ne pas s'en amuser ? Et puis c'est tellement vrai. Bien sûr qu'ils ont été trahis. Non pas car not' Maître ne tient pas les promesses clamées dans ses slogans, mais par leurs petites ignorances du Monde, leur indifférence et cette illusion qui donne de l'importance.

Parmi ceux-là, ceux qui y ont cru, quelques-uns meuglaient encore hier que "du boulot il y en a ! que si on cherche on trouve !"... Je pouffe.

J'me suis éloigné de l'usine, pour entendre.
On dit qu'ils veulent se battre pour la prime de licenciement. Pour 100.000 euros, pas moins. Pas plus... ? Pas la pérennité du site ?... Ah bon.
100.000 euros pour se retourner ?... Et mourir.
100.000 euros dans une vallée ravagée ça mène où ?

Parmi les 1120 salarié(e)s de Continental, certains ont plus de 20 ans de maison, comme on dit.
20 ans, 25 ans à penser que "du boulot quand on veut, y en a. Il suffit de chercher." A penser que les jeunes qui zonent sont des fainéants. Et que les gauchistes feraient mieux de respecter Môssieur le président, plutôt que d'instrumentaliser une jeunesse malléable et innocente... 20, 25 ans de gavage, et d'inculture politique. Jusqu'au mépris.

- J'vote Sarkozy,... avant j'votais Lepen. Et j'fais pas d'politique. La politique ça pourrit tout.

Dans mon village, pas loin de Clairoix, aux pestidentielles de 2002, plus de 30% des villageois ont voté pour le candidat du Front natzional, aux deux tours. C'est dire. C'est dire comme l'environnement est malade.

Je crains que la vague de misère annoncée n'arrange pas les affaires de la Tolérance et de la Fraternité.

Parmi les 1120 salarié(e)s de Continental quelques-uns envisagent sagement leur reconversions...
La vérité est cruelle. Faut-il la dire ?
Sous les bombardements, à l'homme tremblant de 40 ans réfugié dans une cave, faut-il dire "Ne vous inquiétez pas c'est pas pour nous." ?

J'ai un pote dans le Var qui s'est mis à son compte, il n'avait pas d'autres choix.
La semaine dernière il m'a appelé et m'a demandé s'il pouvait m'envoyer un lot d'affichettes pour la promotion de ses savoir-faire. Il me disait que oui, s'il y avait du taf dans l'Oise il ferait le déplacement...
Je lui ai répondu que "pas de problème pour distribuer sa petite pub', mais qu'heu... là, en ce moment même, l'actualité locale c'était 1120 personnes sans emploi dans quelques mois...m'enfin, un peu plus en vérité...".
J'n'ai pas parlé des 100.000 euros, à ce moment je ne savais que quelles seraient les revendications silencieuses d'une partie (majoritaire ?) des salarié(e)s de Continental.
Puis probablement mon pote m'aurait répondu :
- Avec 100.000 euros tu vas pas loin.

Bref, mon pote du Var qui fait dans la plomberie, la couverture, les cloisons, les fenêtres bois et alu, les portes aussi évidemment, l'électricité et la maçonnerie cherche du boulot jusqu'en Picardie. Pendant qu'un salarié (au moins) de Continental réfléchit sagement à son reclassement, et me dit qu'il fera une formation "payée par l'état" et qu'il se mettra à son compte pour faire de la plomberie, la couverture, les cloisons, les fenêtres bois et alu, les portes aussi évidemment, l'électricité et la maçonnerie.

Ben mon Gamin... On n'a pas l'cul sorti des ronces.


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