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Date de mise en ligne : vendredi 19 juillet 2013 - 8 082 vues

Summerjam 2013

Avec 28 éditions au compteur, le Summerjam Festival est désormais plus vieux que l'âge moyen de ses visiteurs. Ce qui en 1986 commençait comme une expérience d'un seul jour est devenu vite la mère des festivals de reggae en Europe, incontournable dans le calendrier d'événements internationaux. Depuis 1996, le Fühlinger See, un lac artificiel dans le nord de Cologne, est le lieu de rendez-vous, un mythique lieu de pèlerinage pour les fans de reggae. Chaque année début juillet, sa tranquillité recule devant une utopie de trois jours. Programmation, site et festivaliers, cet accord de trois notes constitue la base du succès du Summerjam. 2013 n'a pas fait exception à la règle.

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Vendredi 5 juillet 2013

Les visiteurs français ont le choix entre un prélude calme et une découverte de la scène reggae allemande. Le Berlinois Ganjaman inaugure le festival sur la Green Stage, la petite des deux scènes. Chanteur, producteur, technicien du son, régisseur et plus encore, Ganjaman est un pilier du mouvement reggae en Allemagne, même s'il est souvent sous-estimé. Au Summerjam, il se produit avec Feueralarm, qui est devenu un des groupes les plus intéressants d'Allemagne. C'est également avec Feueralarm qu'Uwe Banton joue après lui. Comme Ganjaman, Uwe Banton est actif depuis les années 1980, mais il chante toutefois en anglais jamaïquain. Comme Ganjaman, il est une personnalité établie sur la scène allemande, sans avoir jamais vraiment percé. Chez lui, au Ghana, Rocky Dawuni est déjà une superstar avec son mélange unique de reggae et afrobeat. A l'extérieur, il n'est pas un inconnu non plus - son morceau Download The Revolution comptait parmi la bande-son du jeu video FIFA 2010 de Electronic Arts. CNN considère même Rocky Dawuni comme l'un des dix artistes les plus influents du continent africain d'aujourd'hui. Avec son talentueux groupe de Los Angeles, Rocky Dawuni fournit une prestation remarquable (ceux qui arriveront à maintenir ce niveau musical ne seront pas nombreux ce week-end), mais il n'a malheureusement pas l'auditoire qu'il aurait mérité.


Max Romeo ©Stefan Mann


C'est Max Romeo qui enchaîne après lui. Il remplace Ken Boothe qui a annulé sa tournée en Europe. « Je ne devrais même pas être ici », déclare Max Romeo, qui a même amené une section de cuivres avec lui. La modestie est vertu, mais ce personnage de légende n'en a pas besoin. La foule devant la Green Stage est conquise aussi bien par lui que par ses chansons. Max Romeo se révèle être un remplaçant digne de la légende du rocksteady, qui est beaucoup moins souvent sur la route en Allemagne qu'il ne l'est en France.

Simultanément, Matisyahu change de complètement registre sur la Red Stage, la plus grande scène du Summerjam. Avec son album "Spark Seeker", le New Yorkais désormais installé à Los Angeles, s'éloigne encore plus de ses racines pop-reggae. Question contenu, il préfère de poser des questions que de donner des réponses, et semble moins détaché de la réalité. Il prouve sa nouvelle proximité aux fans en les invitant de danser avec lui sur la scène. C'est un de ces moments typiques du Summerjam, qui font de ce festival quelque chose de particulier. Ici, tout le monde fait la fête ensemble, pas seulement les 30 000 visiteurs payants officiels. Ce sentiment d'unité est la caractéristique déterminante de ce festival.


Romain Virgo ©Stefan Mann


Le grand choix musical du festival a un désavantage énorme : n' importe où l'on se trouve, on rate quelque chose. L'embarras du choix devient parfois critique. Comment choisir entre Busy Signal et Romain Virgo ? Décision difficile… Numériquement, c'est Busy qui gagne. Il a sa foule bien en main et envoie du "Reggae Music Again", et il ne reste pas beaucoup d'espace devant la Red Stage. Beaucoup de journalistes s'emballent pour son apparition. Nous l'avons raté : nous étions devant la Green Stage, à écouter Romain Virgo. Après quelques rares concerts avec des sound systems, Romain se présente enfin live avec un groupe. Il se recentre autour de la côté roots de son oeuvre - et il brille.


Tarrus Riley ©Stefan Mann
Autre choix crucial : Tarrus Riley ou Snoop Lion ? Reggae roots en haute qualité ou pop reggae mainstream ? Les exigences musicales élevées ou le bling-bling en grande pompe ? Jamais on n'a vu autant de monde devant la Red Stage. Pas même en 2010 quand Gentleman y a enregistré son DVD "Diversitiy Live". Celui qui remarque maintenant qu'il a faim ou se met en quête de toilettes est contraint à zigzaguer à travers plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Snoop se fait attendre. Il a le droit de le faire : il est l'artiste le plus couronné de succès à se produire au Summerjam. Il a réclamé trois loges pour lui-même. On dit que lui et son entourage voyagent dans sept limousines. Impossible à vérifier : la zone backstage est complètement bouclée pour lui. L'écran géant qui constitue maintenant l'arrière-plan de la scène étincelle. Des scènes du documentaire "Reincarnated" compose l'intro.


Snoop Lion ©Olivier Bobelim


La modestie qui caractérise le show de Snoop était prévisible : ça commence avec Here Comes The King, et trois danseuses étonnamment souples préparent la voie à Snoop, qui entre en scène avec un blunt et un microphone terriblement bling-bling. Et avec l'attitude cool inattaquable de celui qui à déjà tout prouvé au monde. À part deux ou trois morceaux de son album « Reincarnated » et un t-shirt de Bob Marley, Snoop est complètement Dogg ce soir et pas du tout Lion. Sa setlist se compose principalement de ses classiques du hip-hop. Le public apprécie, et nous aussi - Snoop le rappeur est bien meilleur que Snoop le reggaeman. Meilleur et plus convaincant. Snoop Lion‘s a dog, but the Dogg‘s a God. Après précisément une heure, le show est fini. Sans dire au revoir, Snoop quitte la scène, monte dans unes des limousines attendant lui près de la scène et file pour le Luxembourg, où un autre concert l'attend.

Il est encore beaucoup trop tôt pour s'endormir après le show de Snoop. L'option qui reste est la Dancehall Arena. Ce soir, la longue marche à pied vaut la peine seulement pour les supporteurs des sound systems allemands. Phonatics HiFi est un jeune sound de Chemnitz. Ils jouent pour la première fois dans un grand festival après avoir emporté un sondage en ligne du Summerjam. Déjà établis international depuis longtemps, les héros local de Pow Pow Movement ont l'avantage du terrain. Au cours des dernières années, Stuttgart est devenu ce que Cologne a é longtemps : la capitale allemande officieuse de dancehall. Les Jugglerz, eux, sont bien en route pour devenir le sound system le plus important d'Allemagne. Et ça alors que Shotta Paul et DJ Meska n'ont fait sécession de Sentinel Sound que l'année dernière.


Samedi 6 juillet 2013

Il fait encore plus chaud que la veille, et le soleil tape dur du ciel. La deuxième journée commence plus tranquillement : comme Ganjaman et Uwe Banton, Martin Zobel fait partie de ces artistes de reggae roots allemands qui, malgré leurs aptitudes incontestables et leur travail consistant, attendent encore leur percée. Ceux qui se sont levés assez tôt ont le privilège de suivre le concert dans une atmosphère détendue avec notamment des titres de son dernier album "Land Of The Free" enregistré avec son excellent groupe Soulrise en Californie chez le bassiste Philip "Fully" Fullwood. C'est après que viendront les grands noms.

Turbulence et Warrior King se partagent un créneau. C'est Warrior King qui commence et il met immédiatement le public de son côté. L'ombre est rare, mais son style du lovers doux est agréable. Peu importe qu'il n'ait jamais réédité les succès de Virtous Woman et Never Go Where The Pagans Go. Ses jeunes classiques marchent à fond et ouvre la piste pour Turbulence, fidèle à lui-même. Après un excellent début, la carrière de Turbulence est hélas au ralenti, et cherche un second souffle. Junior Kelly, lui, appartient incontestablement aux artistes jamaïcains pleinement établis en Europe. Baby Can We Meet plait beaucoup aux filles, et sa version de Three O'Clock Roadblock plaît à tout le monde. À cette heure-là, la Red Stage est déjà bien remplie. Junior Kelly n'a pas peur des contacts avec son public, dont il descend à la rencontre pour Believe In Yourself.


Chronixx ©Olivier Bobelim


Au même moment, Chronixx joue sur la Green Stage. Il est la pointe de javelot du mouvement de renaissance du reggae roots en Jamaïque. S'il n'a pas encore dans son pays l'importance qu'on lui donne ici, on comprend vite les raisons de son ascension en le voyant sur scène. Avec son groupe ZincFence, la complicité est parfaite. Ses morceaux roots font autant recette que ses titres plus dancehall. Start A Fyah, Smile Jamaica, Beat And A Mic, Here Comes Trouble, tout est là. Protoje, qui jouera le lendemain, danse au bord de la scène pendant le show entier. (à nouveau un de ces moments propres au Summerjam). Le concert de Chronixx est un sommet du festival. « Maintenant, nous pouvons rentrer à la maison », sourit mon collègue londonien Angus Taylor.


Biga Ranx ©Stefan Mann


Au Summerjam, environ un quart des visiteurs vient de France, et le Français est la deuxième langue du festival. Au bout du compte, Cologne est très accessible depuis Paris, et plus d'un visiteur allemand a un itinéraire de voyage beaucoup plus compliqué. Les organisateurs savent cela. Chaque an, ils font venir deux ou trois artistes peu connus au dehors de France. Comme Biga Ranx, par exemple, aussi inconnu en Allemagne que Ganjaman l'est en France. Et cela bien que Biga n'a pas ce problème d'être compris linguistiquement. Dommage que Morgan Heritage joue simultanément sur la Red Stage. Quand on le retrouve dans sa loge, le visage de Biga Ranx est rayonnant et content malgré tout : « J'espère bien que je peux revenir ! » Les fans de dancehall au Summerjam l'espèrent aussi.


Morgan Heritage ©Stefan Mann
Après cinq ans d'absence de la scène en tant que Morgan Heritage, les visiteurs du Summerjam sont prêts à accueillir ces entertainers mondialement célèbres. Ils ne désenchantent pas. Jemere, le fils de Gramps, ouvre brièvement avec Neighborhood Girl, puis la deuxième génération des Morgan assure le spectacle. La Red Stage est noire de monde, et apparemment, Tell Me How Come est une question que se posent aussi plusieurs dizaines de milliers de festivaliers.

C'est Alborosie qui leur succède sur scène, ce qui en dit long sur le succès du Sicilien. Si Gentleman ne venait pas de Cologne, Alborosie serait certainement la tête d'affiche ce soir. Un point culminant du show est Kingston Town, pour lequel Puppa Albo invite Gramps Morgan à la rejoindre. Il reprend aussi quelques lignes de Don't Haffi Dread. Malgré l'affluence du concert d'Alborosie, Popcaan, sur la Green Stage, ne joue pas sur un pré vide. Parfaitement accompagné par les Français de Dub Akom, Popcaan régale sont public. L'avenir dira s'il est fait pour durer, mais ce soir, son show ravit la fraction dancehall.


Popcaan ©Olivier Bobelim


Les artistes se suivent sans se ressembler. Après la petite voix de Popcaan, on se dirige vers le concert de Richie Stephens. Il est l'un des artistes les plus sous-estimés et sa voix est l'une des plus belles du genre, comme le laisse entendre son dernier album "Real Reggae Music". Trop succinct, le show de Richie Stephens joue le rôle d'ouverture pour son bon ami Gentleman. Lui aussi a un nouvel album dans ses bagages, et célèbre son 20e anniversaire de scène. Gentleman au Summerjam, c'est comme Alborosie au Rototom Sunsplash : un match facile à domicile avec des surprises qui restent dans les mémoires. A l'aise et bien chez lui, Gentleman fait une fête extraordinaire. Le show culmine avec les courtes apparitions de Richie Stephens (qui chante Murderer de Barrington Levy), et Alborosie (qui interprète formidablement Murderer de Buju Banton). Ceux qui connaissent le DVD "Diversity Live" de Gentleman ne s'étonnent pas de la fin douce et méditative du concert avec Memories, une ode à un bon ami décédé.

Simultanément, ce qui se passe sur la Green Stage n'a presque rien à voir avec la musique de Gentleman. Major Lazer (Diplo, Walshy Fire, Jillionaire) font une teuf telle qu'on n'en a jamais vu au Summerjam. Stage diving dans des ballons géants, on n'en dira pas plus... Où Diplo a-t-il trouvé l'énergie de mixer encore plus tard dans la Dancehall Arena reste un mystère. Le reste de la soirée est façonné par DJ Rakka avec son coffre de dubplates éminemment assorties, et deux sound systems dont leurs supporteurs vont probablement jamais s'accorder sur qui est le numéro un en Allemagne : Sentinel Sound ou bien Silly Walks.


Major Lazer ©Stefan Mann



Dimanche 7 juillet 2013

Les dimanches au Summerjam sont généralement plus décontractés que les deux jours précédents. Au cours de la journée, l'île se désemplit un peu. Il fait au moins aussi chaud qu'hier. "Dust And Dirt"("la poussière et la saleté") serait une devise appropriée pour le dernier jour. C'est également le titre du dernier album de The Black Seeds. Peu de gens en Europe connaissent l'immensité de la scène reggae de Nouvelle Zélande. Des groupes tels que The Black Seeds et Fat Freddy's drop ne sont que la pointe de l'iceberg, même si le reggae néo-zélandais est souvent décrié comme l'accompagnement musical des barbecues. Quoi qu'il en soit; le mélange de dub et funk de ce groupe de Wellington est parfait pour savourer le dernier déjeuner de ce week-end sous le soleil d'après-midi.

Place à la francophonie : Broussaï se produit sur la même scène au même créneau que Danakil, Manjul et Natty Jean un an auparavant. À la différence de Danakil, qui était déjà en tournée deux fois en Allemagne, les gars de Mâcon sont encore largement inconnus ici. Mais plusieurs milliers de Français sont venu pour les soutenir. La grand plupart d'entre eux chante les paroles par cœur, tandis que le groupe parle avec le public en Anglais. Après le show, l'équipe se réjouit visiblement de leur première apparence au Summerjam, un vrai tremplin vers l'Est.


Protoje ©Stefan Mann


Après cette courte virée en France, on retourne à la Nouvelle-Zélande. Fat Freddy's drop sont devenus mainstream en Allemagne. La presse célèbre avant tout les performances live énergiques de la troupe. Leur show aujourd'hui ne fait pas exception à ça. Mais le tempo est assez relaxé pour épargner un peu de l'énergie pour le reste de la soirée. Raggasonic fait chavirer la Green Stage mais on ne le verra que de loin. Il y a parfois aucune solution satisfaisante pour ces choix cornéliens au Summerjam. C'est Protoje qui joue sur la Red Stage. Il se produit avec son propre groupe, The In Digg Nation, et cette combinaison est parfaite. Quel plaisir ! Deux heures avant la fin du festival, on réalise que c'était une bonne idée de ne pas rentrer à la maison après Chronixx.

La tête d'affiche du dimanche n'est pas vraiment une surprise : Patrice est tout aussi à la maison au Summerjam que Gentleman. Malgré son développement musical, Patrice reste une stature fixe, ici comme ailleurs. La foule peut reprendre des morceaux entiers. Son set comporte ses grands classiques de l'époque "Ancient Spirit" et des morceaux tout nouveaux de son prochain album "The Rising Of The Son", qui va dans une direction plus reggae. Puis explose tout autour de Fühlinger See le plus grand feu d'artifice jamais vu ici. Quelques yeux s'arrosent même de larmes. C'est le dernier de ces moments propres au Summerjam.


©Stefan Mann



Article écrit par Valentin Zill

Tags : Turbulence (70), Junior Kelly (61), Warrior King (31), Morgan Heritage (107), Max Romeo (52), Gentleman (115), Patrice (54), Matisyahu (17), Busy Signal (174), Tarrus Riley (137), Alborosie (109), Fat Freddy's drop (17), The Black Seeds (14), Raggasonic (45), Broussaï (56), Protoje (79), Romain Virgo (76), Popcaan (64), Biga Ranx (60), Chronixx (47), Festivals 2013 (80)

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Date de mise en ligne : 19/07/2013
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