A force de les voir multiplier les projets sur leurs labels Black Eye et Makafresh, on en avait presque oublié la mission originale que s'était donnée Makasound : dépoussiérer des oldies parfois méconnus et leur redonner une exposition en les rééditant. Merger est de ceux-là, de ces groupes dont le passé mérite une deuxième lecture, une nouvelle actualité. Les trois membres, Barry Ford, Michael Dan, Winston Bennett, multi-instrumentistes doués, ont lâché une véritable perle en 1977 avant de se dissoudre chacun dans des projets solos. A une époque où la dame de fer, Margaret Thatcher, désossait le socialisme à l'anglaise, "Exiles in Babylon" célèbre la fusion ("merger", en anglais) des infuences : reggae, punk, blues, jazz…
Plus que les textes et les thèmes développés, classiques (louanges à Jah et la nature, foi en la jeunesse, dénonciation du système), c'est surtout les compositions qui frappent, longues pour la plupart. Les arrangements, ciselés, sont saisissants d'entrée sur le Understanding d'ouverture, avec ses riffs de guitare acoustique et ses envolées de flûte. Une richesse musicale qui participe à la modernité de l'album, en témoignent les nombreuses réussites : l'éponyme Exiles in Babylon, le bucolique Waterfalls, les très sérieux 77 et Ghetto Child... Makasound ajoute deux titres à l'opus original, enregistrés en Jamaïque : Rebel (enregistré au Harry J Studio en 1980) et Freedom Fighters. A sa sortie en 1977, "Exiles in Babylon" n'avait pas été franchement remarqué ; voilà une injustice de réparée.



