Le voilà donc enfin, cet album tant attendu. Maintes fois repoussé (il était initialement prévu en 2009), l'attente croissait à mesure de la hantise, de la déception. Sauf que le résultat est là : "Distant Relatives" est bien l'album espéré, une vraie réussite à la croisée du reggae et du hip-hop, deux musiques cousines, comme le suggère le titre de l'album (« Parents éloignés »).
Nas et Damian Marley n'en étaient pas à leur coup d'essai. Les deux compères avaient déjà signé Road to Zion en 2005, sur l’album désormais incontournable de Damian, "Welcome To Jamrock". Puis, les trois singles déjà sortis pour nous faire patienter laissaient augurer d'un bel effort commun. Si "Distant Relatives" est bien dans son époque, où les genres se décloisonnent, il est aussi solidement ancré dans ses racines reggae et hip-hop. Ce qui lui permet de varier les tempos et de se ménager des temps forts.
De ce côté, ça démarre en fanfare avec As we enter, qui remet au goût du jour la musique de Mulatu Astatke, déjà remarqué sur les indispensables Ethiopiques. Une autre pépite est le sublime Patience sur le sample de Sabali d’Amadou et Mariam, où les flows successifs de Damian Marley et Nas exploitent à merveille la rythmique lancinante. Citons aussi le terrible Land of Promise, l'irréel Nah Mean, ou encore Tribal War et Africa must wake up avec le rappeur somalien K'naan.
Les invités eux aussi traduisent ce métissage musical : K'naan, donc, mais aussi Joss Stone et Lil’ Wayne (My Generation), Stephen Marley et même Dennis Brown, sur l'écrasante version de Promised Land (Land of Promise), dont le texte imagine « si l'Afrique était les USA : alors le Ghana serait la Californie, Johannesburg Miami, et New York serait en Somalie… »
Depuis leur première rencontre, l’Afrique est au centre de la musique de Damian Marley et Nas, dans les sonorités elles-mêmes bien sûr (ici un sample d’instruments traditionnels, là un autre de chants tribaux), mais dans les paroles aussi, et on ne compte plus les chansons qui parlent d’une façon ou d’une autre, de près ou de loin, du continent africain. Mais les thématiques des textes de Nas et Damian ne se limitent pas à ça. Redonnant leurs lettres de noblesse à leurs musiques respectives, ils rappellent que le reggae et le hip-hop étaient avant tout des musiques engagées. Sans jamais tomber dans le prêchi-prêcha, ni prétendre donner de leçons, ils diffusent un message positif, intelligent, qu’on voudrait émancipant ("Every man deserve to earn, like every child deserve to learn…").
Même si certaines chansons paraissent un peu plus molles que d’autres (In His own words) ou pourront en décontenancer certains par leur aspect un peu trop dancehall (Dispear) ou un peu trop FM (Count your blessings), l’ensemble est cohérent et saura s’assurer un auditoire des plus larges. "Distant Relatives" est une vraie démonstration, et prouve encore une fois les talents de producteur de Junior Gong. Déjà l'album de l'année ?






