12 janvier 2008 à 11:34
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Mon point de vue diverge largement de ces explications qui m'apparaissent... heu... un peu fleur bleue.
D'autant lorsque l'Art est génie.
Mozart ne fut pas le créateur que nous connaissons parce qu'il aimait le piano, faire de la musique.
Bosch, Basquiat ou Ousmane Sow n'ont pas créé parce qu'ils aimaient dessiner ou modeler.
Syd Barrett, John Lee Hoocker, Jeff Buckley, Charlie Parker, Piaf, Tina Turner, Prince ou Tricky n'ont pas laissé de telles oeuvres parce que "good vibe".
Jim Morisson, Frédérico Garcia Lorca et Baudelaire n'ont pas écrit parce qu'ils aimaient la poésie. Le lecteur "aime" la poésie... Mais le poète ?...
Edgar Poe, Maupassant, Jack London, Mishima n'ont pas écrit parce qu'ils aimaient produire des livres.
Victor Jarra n'a pas fait des chansons parce qu'il aimait la guitare.
"war" n'est pas une chanson pour faire danser les filles et donner good vibration à une salle en délire...
Ce que je veux exprimer là c'est que l'Art est souvent l'expression du conflit, du chaos de "l'âme". Il nait dans l'histoire de l'artiste, dans son enfance, dans son environnement socio-politique, dans ses délires, dans ses colères, sa rage et son impuissance à changer le Monde ou son propre vécu (certains diraient "destin").
Bien sûr, nous pourrons étaler à la pelle des contre-exemples, des artistes dont seul le bonheur de vivre fut source de leurs inspirations (Didier Barbelivien ou Carla Bruni par exemple). Mais pour ce qui nous touche le plus, pour ce qui nous fait vibrer, nous trouvons dans l'Art l'expression de nos moi profond, de ce que nous ne pouvons dire.
La scène, la chaleur du public, la production discographique sont souvent un hasard. Elles ne sont pas la finalité de l'Art.
J'ai flashé sur l'album des Congos. Ce n'est pas seulement parce que c'est beau, c'est bon, c'est bien produit. C'est surtout parce que j'y perçois un cri. Un quelque chose qui tient de l'universalité. Un quelque chose de l'Humain qui ne saurait être exprimer autrement que dans l'Art.
J'apprends dans ces pages qu'untel est rongé par le crack. Ben oui. Comme sans doute l'expression de son Art est celle du conflit qui l'anime et le détruit.
Des Henri Salvador, y en a pas des masses.
Ce sont plutôt des Sid Vicious qui produisent le rock, ou des Nico.
Ella Fitzgerald n'a pas eu d'enfance dorée ni la vie facile.
J'ai pas mal parcouru le dictionnaire du rock de Michka Assayas et ses copains (une mine ! édition Robert Laffont collection Bouquins). J'ai ainsi appris que la vie de tous ces artistes, ces stars, ces monuments que nous admirons témoignent des conflits qui font que l'Homme est Homme : un gros bordel, un tas de souffrance, et quelques fois cela se transforme en une indéfinissable beauté.
J'évoque Buckley. Si nous retenons tous son interprétation de l' "Hallelujah" créé par Léonard Cohen, ce n'est pas parce qu'il possède une très belle voix, c'est surtout parce que son interprétation dévoile ses tripes, son intérieur... qui sont un peu les nôtres.
"sans pression", relève M'sieur Asher... Je ne pense pas.
Toutes ces galettes que vous aimez le plus d'autres due vous-même les créèrent sous pression. Sous haute-pression.
Tout comme le peintre et le sculpteur se laissent à la transe pour sublimer le modèle et hurler le plus intime, l'innommable.
Vous devinez ce que je tente là d'exprimer ?...
Mais aussi, il y a de magnifiques interprètes, des musiciens hors norme et peut-être géniaux, des artistes en paix. Sans doute.
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