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Archive 1999-2016 Reggaefrance n'est plus mis à jour depuis 2016
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Interview · 7 vues

Paul Elliott

Interview et photos : Filip Flatau

La venue de cet artiste à Paris fut une surprise. Une bonne surprise car c’est la découverte d’un chanteur très respectueux et très humble. Certains l’auront découvert sur un 45 tours soit sur son dernièr album «Save Me Oh Jah». Paul Eliott à la voix profonde et sincère ne passe pas inaperçu parmi les reggaematics ; c’est peut être normal sachant qu’il a commencé à chanter à 9 ans ; son style marque donc une certaine maturité autant dans la voix que dans les lyrics. Son prochain album ne va pas tarder à sortir. En attendant, l’annonce de son nouveau label Stronger Production pourra nous faire patienter...
Découverte d’un artiste conscious à part entière.
Paul Elliott
Peux-tu nous parler de tes débuts, où es-tu né ?
Paul Elliott Je suis né à Kingston 11 dans le quartier de Waterhouse. J’ai débuté dans le buisness à l’âge de 9 ans en enregistrant pour de nombreux producteurs, telles que King Jammys, King Tubbys, Jah Life, Channel One. J’ai donc grandi dans un environnement musical.
En tant qu’artiste «conscious» que penses-tu de la scène conscious en Jamaique ?
Paul Elliott En fait je pense que c’est en raison des producteurs qui cherchent à se faire de l’argent facile. En Jamaïque, cela vient aussi beaucoup de la plupart des DJ qui animent les émissions de radio : Si tu fais uniquement des chansons conscious, tu auras moins de chansons programmés à la radio et ainsi moins de chansons écoutés. Si tu fais du jugglin (riddim plus dansant) tu saisit la chance de dominer tout le temps comme fait Capleton actuellement avec des lyrics culturelles. J’essaye pour ma part de maintenir des lyrics Roots & Culture, peut importe le rythme si c’est du dancehall ou du R'n'B.
Que penses-tu des messages du type «fire bun» ?
Paul Elliott Personnellement je ne mets pas le feu. Je ne sais pas comment eux voient les choses mais j’essaye d’éveiller les gens avec le bon type de message même si cela blesse les «vampires» qui essayent d’opprimer les gens. Je m’adresse à tout le monde, peu importe la couleur ou la classe donc je vois différemment les choses.
Je brûle systématiquement les choses qui oppriment les gens. Pas au sens propre du terme mais dans le sens verbale «faya bun».
Paul Elliott - photo 2 de l'interview
Peux-tu nous dire quel a été ton premier enregistrement ?
Paul Elliott Mon premier disque a été enregistré lorsque j’avais 9 ans c’était avec le producteur Jah Life qui était basé sur New York. Mon deuxième enregistrement a été sous forme d’un maxi en Angleterre, distribué par Music House. D’autres singles sont apparus sur une compilation avec Peter Metro.
Tu as fait également un album «Save Me Oh Jah». Peux-tu nous en dire plus ?
Paul Elliott Cet album est arrivé après une tragédie qui m’a frappé et qui a frappé ma vie quand ils ont assassinés mes deux frères avec des guns à Waterhouse et un an plus tard ils sont revenu pour tuer ma mère.
A un moment j’ai senti que j’allais tomber dans l’engrenage de la violence et du crime mais j’ai décidé de l’exprimer dans la musique car je sais que la musique est une force qui brise tous les obstacles sans en faire perdre la cause. Puis sont donc venu des chansons comme «Save Me Oh Jah», «Nuff a dem a blaspheme». C’est pourquoi j’ai décidé de faire cet album, réalisé par différents producteurs mais je me suis aussi engagé à prendre le contrôle de mon business, sachant que les artistes de reggae se font toujours, en employant le terme actuel, voler par les producteurs. Ces mêmes producteurs qui tentent de voler tous les droits aux artistes jamaïcains.
C’est en grandissant auprès de tous ces producteurs que j’ai appris pleins de choses, j’ai vu comment ils faisaient c’est donc pourquoi j’ai décidé de ne pas me faire avoir par les «vampires» présents dans le reggae music [rires].
C’est pourquoi tu veux créer ton propre label ?
Paul Elliott Je possède déjà mon propre label : Stronger Production distribué par Dynamic Sound. J’ai enregistré des artistes comme Anthony B, Gregory Issac... Je suis aussi à plein temps dans la production.
Paul Elliott - photo 3 de l'interview
As-tu déjà sorti ces singles dont tu me parles ?
Paul Elliott Non ils ne sont pas sorti encore mais soon to be released sur mon propre label.
Est-ce par les arnaques faites par les producteurs que l’on voit apparaître de plus en plus de labels détenus justement par des chanteurs ?
Paul Elliott Certainement.
As-tu été toi même victime de ces arnaques ?
Paul Elliott Tout le temps ! Ils ont toujours essayé d’exploiter. Mais pour etre franc, j’entretiens de bonnes relations avec la plupart de ces producteurs. Car même si je sais qu’ils exploitent les chanteurs, d’une certaine façon je les remercie toujours, car ils m’ont donné l’opportunité d’utiliser la plupart de leurs labels pour m’établir et me faire connaître. Je ne vais donc pas le descendre et je les remercie au contraire, car j’ai reçu beaucoup d’informations de leurs parts qui m’ont permis de connaître ce que je sait désormais.
Capleton est un deejay conscious, il est numéro 1 , tout le monde parle de lui. Cependant le slackness et les gun songs restent très présents. Qu’en penses-tu ?
Paul Elliott Eh bien ; chaque homme a sa propre mission mais je sais quelle est ma mission : spirituel et culturel et donc je dois faire ce que j’ai à faire, sans frapper personne en tant qu’artistes car beaucoup de gens vont dans le même tribulation que moi en perdant un proche, par les gunshots, les accidents de voitures...
Mon but est de partager cette musique avec ceux qui ont été opprimées.
Ne penses-tu pas que le conscious ne va pas s’épuiser à force avec tous ces guns songs ?
Paul Elliott Tout est une question de promotion. Si tu promotionnes le slackness, tu entendras plus de slackness. Si tu promotionnes le bon, le bon vaincra. C’est à toi en tant qu’artiste de prendre position. Crois en toi car en Jamaïque on dit «Self Praises is no recomendation» mais moi je dis «self praises» est la première recommandation. [Self Praises : croire en soit]. Tu dois croire en en toi. Si toi tu ne crois pas en toi, personne ne croira en toi.
Quels sont tes projets pour le futur ?
Paul Elliott Je suis en mission ici avec mon manager officiel à Paris : Snipper afin de trouver un distributeur pour mon prochain album : The Meaning Of Life. Depuis que Jah m’a sauvé de toutes ces tragédies, j’ai trouvé le sens de la vie.
J’aimerai mettre ma musique dans des directions variées par exemple si tu as le cœur brisé, tu peux te réconforter en écoutant une chanson de cet album. J’ai fais quelques chansons sur des riddims dancehall également avec un message positif qui s’addressent aux gens qui n’ont pas d’argent pour financer les études de leurs enfants car maintenant en Jamaïque pour envoyer un enfant à l’école tu dois avoir beaucoup d’argent et les familles pauvres ne peuvent pas faire face. Donc je mets cela en musique pour faire savoir aux gens ce que nous subissons. Nous sommes les victimes de toutes les erreurs de nos leaders. Et c’est ce message que je veux apporter sur un disque de reggae car le reggae a un pouvoir guérisseur, il soigne le moral des gens.
Penses-tu que chanter des lyrics conscious sur des riddims dancehall permet-il d’élargir son public ou de mieux faire passer son message ?
Paul Elliott A propos de ça, je vais te dire quelque chose, maintenant beaucoup d’enfants écoutent des riddims dancehall comme si ils écoutaient du hip hop et pour atteindre cette audience, tu dois te poser sur des riddims dancehall tant que tu gardes le message positif.
Que penses-tu de l’internet car beaucoup de rastas en disent du mal ?
Paul Elliott Internet est le futur, et donc tu dois te préparer pour le futur car c’est la où va le monde actuellement, donc tu y participer tu ne dois pas fuir.
"New Time, New Technology" Mais gardez toujours le stylo et le papier qui sont les racines et ne devenez pas dépendants des ordinateurs.